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L’industrialisation, ou une frontière entre Monde rural et Monde urbain de moins en moins perméable

 
Le Flat Iron Bulding en construction à New-York et achevé en 1902
Le Flat Iron Bulding en construction à New-York et achevé en 1902

De profondes mutations socio-économiques accompagnent l’industrialisation.

D’abord, une croissance démographique considérable marque la seconde moitié du XIX° siècle. Les sociétés occidentales entrent dans la transition démographique, résultant de la concomitance du maintien de la natalité à un niveau élevé et du sensible recul de la mortalité dès la fin du XVIII° siècle. De par le développement des transports, des moyens de communication, ainsi que l’amélioration globale des rendements agricoles et le profond déclin des grandes épidémies, l’accroissement naturel est fort. Aussi, l’augmentation de la population rurale, en générant la suroccupation des terres, donne un souffle neuf à l’exode rural. En effet, dans des périodes antérieures au XIX° siècle, des travailleurs saisonniers étaient enclins à migrer vers les villes, parfois éloignées de leurs régions d’origine. Mais la Grande Dépression des années 1980 engendre une profonde mutation des mouvements migratoires : les migrations vers les villes ne sont plus ponctuelles, les migrants saisonniers devenant alors des migrants définitifs. Parallèlement, les migrations sont également de plus grande ampleur : de 1815 à 1914, quelques 50 millions de personnes migrent hors d’Europe.

Ainsi, la population des villes s’accroît rapidement, si bien qu’à la fin du XIXe siècle, environ 70% des Anglais et 35% des Français sont citadins. Des villes telles Berlin, Manchester, Roubaix, ou encore Liverpool sont des exemples patent de cette concentration de la population. Les populations nouvellement installées dans les villes participent à la modification du schéma urbain ainsi que de la physionomie citadine. Haussman embellit et assainit l’ancienne Lutèce, sous le Second Empire, alors même qu’une rationalisation similaire est à l’oeuvre en province et à l’étranger, comme en témoignent l’édification du Ring à Vienne ou encore l’Elargissement à Barcelone. Aux Etats-Unis naissent les premiers gratte-ciel, parmi lesquels Le Flat Iron Building, et, partout, les parcs publics, les gares, les grands magasins, voire le métropolitain à Paris, structurent le réseau urbain. Une fois les bases de la « ville moderne » jetées, celle-ci devient aussi bien un espace favorisant l’intégration sociale que la ségrégation spatiale, de par la hiérarchisation sociale et stratification de la société : les politiques de « prestiges » étant hostiles au regroupement et concentration des nouveaux arrivants dans les quartiers populaires du centre ville, les migrants sont graduellement évincés, repoussés vers la périphérie, et la société devient progressivement hétérogène.

Malgré les migrations massives vers les villes, le monde paysan reste nombreux. En Europe occidentale, la petite propriété domine, les bénéfices substantiels tirés de l’artisanat vienne complètent alors ceux tirés du travail de la terre. Aussi, les campagnes ne sont pas les « oubliées » de l’industrialisation et, du même coup, du progrès. En effet, la croissance urbaine, qui crée des débouchés nouveaux, encourage les efforts de productivité. Les revenus des paysans augmentent, leur consommation et leur cadre de vie évoluent. La frontière entre le monde paysan et le monde urbain devient de plus en plus perméable, le monde rural étant aidé et son développement porté par les chemins de fer, le service militaire ou encore l’institutionnalisation de l’école.

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