Home / Un peu d'histoire / Analyses / Tiers-Monde et émergents / Zanzibar, géohistoire des merveilleuses « îles aux épices »

Zanzibar, géohistoire des merveilleuses « îles aux épices »

 
Zanzibar est dès les premiers siècles de notre ère un carrefour commercial majeur dans l'Océan Indien où vont se croiser civilisations bantoue, arabe, persane, indienne et chinoise.
Zanzibar est dès les premiers siècles de notre ère un carrefour commercial majeur dans l’Océan Indien, où vont se croiser civilisations bantoue, arabe, persane, indienne et chinoise.

L’archipel de Zanzibar, composé de plusieurs îles au large de la Tanzanie dont les plus grandes sont Unguja et Pemba, a une histoire particulièrement riche et cosmopolite. Sa culture distincte de celle du continent et son statut semi-autonome aujourd’hui encore au sein de la Tanzanie sont le fruit d’un passé marqué par les échanges commerciaux entre plusieurs civilisations et un statut de plaque tournante pour l’économie de l’Océan Indien pendant des siècles. Retour sur l’histoire, la culture et l’économie de ces îles merveilleuses qui ont alimenté les fantasmes de nombreux écrivains et artistes.

Zanzibar fut très tôt au carrefour de plusieurs civilisations et un haut lieu d’une proto-mondialisation à l’échelle de l’Océan Indien : avant même l’islamisation de la péninsule arabique, des marchands arabes et persans y avaient implanté des comptoirs, et leurs contacts avec la civilisation bantoue d’Afrique de l’Est donnèrent lieu aux premières formes de culture swahilie. Le commerce des esclaves, de l’or, de peaux, d’ivoire et d’épices à destination du Moyen-Orient, d’Inde et de Chine se développa rapidement au IXème siècle avec la création d’un sultanat d’origine persane, à tel point que l’on parle aujourd’hui de « mondialisation swahilie » dont le sultanat de Zanzibar aurait été le centre névralgique jusqu’à l’arrivée des Portugais au XVème siècle. Ces derniers s’emparèrent de la plus grande île de l’archipel en 1503, forcèrent le sultan swahili à devenir sujet portugais et à mirent la main sur les routes commerciales de l’archipel qu’ils détournèrent vers le Portugal. En 1698 les Portugais furent chassés par le sultan d’Oman, qui instaura une économie tournée vers le commerce des esclaves faisant la prospérité de l’archipel jusqu’au XIXème siècle. Jusqu’en 1870, Zanzibar fut ainsi l’un des plus grands marchés aux esclaves au monde avec  15 000 esclaves africains par an transitant par l’archipel.

L’influence britannique se fit prépondérante dès la fin du XVIIIème siècle et ces derniers introduisirent rapidement  la culture lucrative du clou de girofle, qui perdure jusqu’à nos jours comme la culture principale de l’archipel – Zanzibar est encore l’un des plus grands producteurs au monde avec Madagascar et l’Indonésie.

La colonisation effective de l’île par les britanniques eut lieu en 1890 avec l’établissement d’un protectorat officiel sur un sultanat fantoche. Deux partis fondés sur des bases ethniques vont voir le jour sous la domination britannique : l’ASP à dominante africaine et le ZNP à dominante arabe, le clivage politique cristallisant des tensions séculaires entre l’esclavagiste arabe et la minorité africaine originaire du continent. L’indépendance fut accordée au sultanat de Zanzibar en 1963 sur fond d’affrontements entre les deux partis qui firent des milliers de mort. En 1964 les autorités de Zanzibar et du Tanganyika voisin, indépendant depuis 1961, se mirent d’accord pour fusionner les deux pays et former la Tanzanie moderne. Zanzibar conserve néanmoins une grande autonomie au sein de la Tanzanie sous le contrôle du Gouvernement révolutionnaire de Zanzibar qui est toujours le nom officiel du gouvernement de l’archipel, contrôlé depuis 1984 par le CCM (Chama Cha Mapinduzi, « parti de la révolution » en swahili), le grand parti unitaire tanzanien. L’archipel de Zanzibar – les « îles aux épices » historiques – conserve ainsi une place à part dans le paysage politique et culturel africain, bénéficiant toujours d’une aura d’ « archipel monde » attirant les touristes du monde entier.

About Clément TONON

Etudiant en première année à HEC Paris après deux ans de classe préparatoire au Lycée Louis-le-Grand, je suis rédacteur pour les Yeux du Monde depuis Novembre 2013.

Check Also

Le long crépuscule du Maroc français au XXe siècle

 Admiratif et nostalgique d’un pays dont il fut Résident Général comme en témoigne la salle …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.