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Histoire des relations irano-etatsuniennes (2/3) : 1953 – 1979

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’Iran a révélé son rôle stratégique en matière d’approvisionnement pétrolier. En 1951, le  Premier Ministre Mohammad Mossadegh procède à la nationalisation de la production pétrolière. Son action déclenche alors malgré-elle près de trois décennies d’ingérence américaine dans le destin de l’Iran.

Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980) Shah d'Iran de 1941 à 1979
Mohammad Reza Pahlavi (1919-1980) Shah d’Iran de 1941 à 1979

Faire de Téhéran un allié stable.

A cause de la fin du monopole britannique sur le pétrole, la CIA et le MI6 fomentent un coup d’Etat pour remettre au pouvoir le Shah Mohammed Reza Pahlavi. Une seule condition à son retour : la préservation des intérêts occidentaux dans l’octroi des gisements de pétrole. De là naît une étroite collaboration entre les Etats-Unis et l’Iran. Le Shah sera par exemple assisté dans la création de son propre service de renseignement, la SAVAK, en vue de contrôler l’opposition politique. L’Iran constitue alors une puissance régionale forte ainsi qu’un allié fiable face aux velléités de l’URSS dans cette partie du globe. Pour résumer, Washington et Téhéran s’entendent mutuellement : le premier assure un soutien militaire au monarque tandis que le second ouvre ses champs pétrolifères aux investissements des compagnies américaines.

Les faux pas diplomatiques de Washington

En restaurant le pouvoir du Shah par un coup d’Etat, les Etats-Unis se sont aliénés le soutien de la population iranienne. Entre 1953 et 1979, le leader du monde libre va commettre une série de fautes à l’égard d’un peuple qui comptait sur son influence pour brider le dirigeant iranien. Au milieu des années 1960, les deux pays s’accordent sur l’immunité juridique des conseillers militaires américains sur le sol perse. Interprétée comme du colonialisme, la décision vient propulser l’Ayatollah Khomeiny parmi les têtes de l’opposition et celui-ci se voit contraint à l’exil. Jusque-là, les présidents américains suivent une même conduite à l’égard de Reza Pahlavi : accorder son soutien tout en lui recommandant quelques réformes politiques pour relâcher la pression de l’opposition. Mais lorsque Richard Nixon accède au pouvoir, il veut renforcer la position iranienne au Moyen-Orient et abandonne totalement toute idée d’influer sur la politique intérieure du Shah. Plus surprenant, le chantre des Droits de l’Homme, Jimmy Carter soutient lui aussi le dictateur dans sa répression. Les dirigeants américains pensent encore à cette époque que le règne du Shah est en mesure de durer.

Article 152 de la Constitution islamique : « le non-alignement sur les puissances hégémoniques ».

Le mouvement de contestation est à son apogée au début de l’année 1979. Dans cette dynamique populaire, Khomeiny réussit à prendre le leadership de l’opposition au détriment des libéraux. Malheureusement, Washington sent trop tardivement que le vent tourne. Lorsque les Occidentaux dénoncent finalement les exactions du pouvoir iranien, la révolution n’a déjà plus besoin d’un appui extérieur pour se faire. L’Ayatollah prend le pouvoir et décrète une République islamique avec une politique étrangère à rebours de celle menée par l’ex-monarchie iranienne.

En voulant contrer l’influence soviétique au Moyen-Orient, la diplomatie américaine est allée contre ses principes, autrefois admirés en Iran. Elle a sacrifié son image de puissance libératrice pour la préservation à court terme de ses intérêts. Malheureusement, les relations étroites avec le Shah ont fait des Etats-Unis l’un des coupables des maux de la population iranienne. Cette période a marqué structurellement l’imaginaire collectif iranien et a donné des arguments de choix à la propagande de la République islamique.

About Corentin GUILBAUD

Etudiant en master à Sciences Po Toulouse. Passionné par la géopolitique et le Moyen-Orient, il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis janvier 2015.

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