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Le règne d’Alexandre II (1855-1881)

 
Le règne du tsar Alexandre II peut être vue comme une ultime tentative de réorme profonde de la Russie, probablement profitant de l'appel d'air provoqué par la défaite de la France en 1870. Pourtant, cette tentative échouera par l'attentat à la bombe tuant le tsar en 1881.
Le règne du tsar Alexandre II peut être vue comme une ultime tentative de réorme profonde de la Russie, probablement profitant de l’appel d’air provoqué par la défaite de la France en 1870. Pourtant, cette tentative échouera par l’attentat à la bombe tuant le tsar en 1881.

A la mort du pape du despotisme russe Nicolas 1er en 1855, une inquiétude sourd dans la Russie tsariste. Après la débâche de Crimée, sous quelles auspices s’ouvrent ce nouveau règne ? Pour le nouveau tsar, Alexandre II, le cap à tenir est clair : il faut réformer le pays, conformément aux leçons reçues de son précepteur le poète Joukovski.

Alors que l’encre n’avait pas encore séché sur le traité de paix de Paris,  Alexandre II publie un Manifeste pour réformer son pays : il y prévoit l’égalité devant la loi, une lutte accrue contre la corruption et l’abolition de la censure. Il accorde plus de libertés aux universités, accorde de nouveau la liberté de voyager et amnistie les Décembristes. Il développe les chemins de fer et choisit la France comme partenaire privilégié. Il prend le contrepied de son prédécesseur.

De ce tsar réformateur, il convient de retenir certaines grandes orientations :

  • Abolition du servage en 1861. Toutefois, il l’accorde sans la propriété puisque la terre revient au Mir (la communauté paysanne) dont tous les membres ont la responsabilité collective de la terre.
  • Il crée des zemstvos, des assemblées ouvertes aux paysans qui ont une compétence sur l’éducation, le développement local et la santé.
  • Réforme judiciaire en 1860 qui crée des tribunaux régionaux, des cours de Justice, une cour de Cassation. De cette réforme, il faut retenir que les juges sont nommés par les zemstvos ce qui réduit considérablement la corruption. Enfin, Alexandre II accorde un droit à une assistance judiciaire.
  • Créations des zemstvos = assemblées ouvertes aux paysans, il est vrai peu préparés. Ces assemblées ont des compétences sur l’instruction, la santé, le développement local, … Les impôts locaux leur reviennent.
  • Réforme de l’éducation. Alexandre II veut utiliser l’éducation contre l’agitation. L’enseignement primaire est détaché de la tutelle de l’Église et pris en charge par les zemstvos. Les femmes ont accès à des écoles spécialisées. Les universités occupent une place plus importante.
  • Investissements dans les chemins de fer et le coton pour concurrencer les anglais.

En matière de politique étrangère, le règne d’Alexandre II est singulier. D’une part, il brille en profitant de la défaite française en 1870 pour recentrer son pays en Europe en tant que contrepoids à l’Empire allemand. De plus, il s’étend en Chine, atteint les rives de la mer du Japon, s’agrandit dans le Caucase et vend l’Alaska. D’autre part, il subit un échec diplomatique marquant dans les Balkans. En 1876, une insurrection bulgare est réprimée dans le sang par les bachi-bouzouks turcs. L’opinion publique internationale, peut-être pour la première fois, s’émeut. La guerre serbo-turque est déclenchée : les serbes attaquent la Turquie mais les minorités bulgares ne se soulèvent pas ce qui permet aux turcs de contre-attaquer. C’est un ultimatum russe les arrête mais la Conférence de Constantinople (1876) est un échec pour la Russie. Dès lors, elle ourdit sa riposte et attaque, dès 1877, la Turquie. La victoire est totale, ce dont témoigne le traité de San Stefano en 1878. Ce traité est tellement avantageux que la France et l’Allemagne s’en émeuvent. Ainsi, à la Conférence de Berlin 1878, coup de tonnerre : elles sont annulées. La Russie, ruinée, ne peut pas accepter une nouvelle guerre : elle se plie aux volontés occidentales.

Entre l’appel d’air permis par les réformes libérales, le sentiment de déclin russe sur la scène internationale après l’âge d’or sous Alexandre 1er et l’agitation intellectuelle sur la place de la Russie dans le nouveau monde, alimentée par l’apparition de plusieurs courants radicaux (nihiliste, populiste et anarchistes), les raisons de la chute d’Alexandre II sont multiples. Il incarne le cœur du pouvoir en fuite, le principal responsable de la dénaturation russe. Les anarchistes les plus radicaux, regroupés dans Narodnaïa Volia, se lancent à corps perdu dans une chasse contre le gouvernement. Après plusieurs tentatives, ils parviennent en 1881 à leur fin : une bombe tue Alexandre II. L’ironie de l’histoire est que cette bombe explose juste avant la signature par le tsar d’une deuxième vague de réformes libérales. L’esprit de réformes se retourne-t-il contre le pouvoir ?

About Grégoire HALLIEZ

est étudiant à Audencia Nantes après une classe préparatoire économique et commerciale au Lycée du Parc (Lyon).

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