Des Polonais sans Pologne (2/2)
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Des Polonais sans Pologne (2/2)

 

Dans une première partie nous avons vu comment la Pologne s’était retrouvée sous la tutelle de la Russie, de la Prusse et de l’empire d’Autriche. Nous allons maintenant voir comment les Polonais ont dans un premier temps tenté de recouvrer leur indépendance par l’insurrection armée poussés par le lyrisme romantique. Mais ce sera finalement la stratégie de la reconquête économique qui sera suivie après les échecs insurrectionnels.

La bataille d'Ostroleka qui vit une défaite polonaise face à l'armée impériale malgré de nombreuses pertes des deux côtés
La bataille d’Ostroleka qui vit une défaite polonaise face à l’armée impériale malgré de nombreuses pertes des deux côtés

Le temps des soulèvements

La relative liberté laissée aux différentes régions polonaises (Royaume du Congrès, le Grand Duché de Posen et la Ville Libre de Cracovie) va permettre à la nation d’opérer sa révolution industrielle. La culture polonaise se développe avec notamment la publication des premiers poèmes d’Adam Mickiewicz, grand écrivain romantique polonais, au début des années 1820. Mais la décennie 1820 sera aussi l’accentuation de la répression russe. Les sociétés secrètes sont pourchassées et la censure appliquée. C’est en novembre 1830 que les humiliations accumulées vont se transformer en insurrection. En effet, à ce moment les Russes décident d’envoyer des troupes polonaises mater les révolutions françaises et belges au mépris de la constitution polonaise. Le Grand-Duc envoyé par la Russie à Varsovie est chassé de la ville et échappe de peu à une tentative d’assassinat. Les politiciens polonais tentent de calmer les insurgés mais la Diète vote avec l’appui des bourgeois et des nobles l’insurrection totale en décembre 1830 et finalement la destitution de Nicolas 1er du trône de Pologne en janvier 1831 ce qui équivaut à une déclaration de guerre. Dans les jours qui suivent, un gouvernement national est formé. L’insurrection est maintenant un conflit organisé entre deux pays. La Russie impériale va user de son réservoir d’hommes et envoyer 180 000 soldats professionnels contre le 70 000 soldats polonais dont un tiers ont été enrôlés à la suite de l’insurrection.

Plusieurs éléments vont condamner la tentative d’indépendance polonaise. Le premier élément sera le manque de soutien international accordé aux insurgés polonais. La seconde raison est que la Diète ne se prononcera pas sur la réforme agraire par peur de passer aux yeux des puissances étrangères pour une révolution sociale et s’aliénera par ce silence le soutien des masses paysannes.

Cette époque est marquée par le romantisme polonais qui à partir de 1830 va aborder des thèmes spécifiques à ce pays comme le mysticisme de la nation, la célébration des origines polonaises et le rêve de voir la Pologne indépendante. En 1834, Adam Mickiewicz va publier Pan Tadeusz qui deviendra le symbole de la lutte pour l’indépendance, un roman en alexandrin, épique, qui se déroule à l’époque napoléonienne. Cependant la plupart des auteurs seront obligés de s’exiler après les événements de novembre 1830 et ce sont 10 000 membres de la haute société culturelle et politique qui seront forcés d’émigrer, principalement à Paris.

En 1846 c’est à Cracovie que l’insurrection va être réveillée par la peur que l’identité polonaise ne se perde du fait de l’occupation étrangère. L’administration autrichienne quittera la ville dans un premier temps mais en utilisant la rivalité entre la noblesse polonaise et les paysans ukrainiens majoritaires, les choses rentreront dans l’ordre et Cracovie sera annexée à l’Empire d’Autriche. Deux ans plus tard, la partie prussienne subira les mêmes effets face à son insurrection.

L’insurrection de 1863 et le positivisme

Finalement au début des années 1860, une dernière insurrection agitera Varsovie et les territoires russes. Après des réformes libérales engagées par Alexandre II de Russie, les polonais y voient un aveu de faiblesse et défient le pouvoir russe lors de nombreuses manifestations qui seront réprimées dans le sang. Tout le territoire polonais sous contrôle russe va alors se soulever en janvier 1863. Mais la gigantesque armée russe va anéantir l’armée polonaise et les représailles seront particulièrement violentes. La noblesse polonaise va alors perdre toutes ses terres qui reviendront à des officiers russes. Dans le même temps, la colonisation va s’adoucir en Galicie et Cracovie redeviendra le centre de la vie culturelle polonaise.

L’indépendance par la voie légale

L’échec de l’insurrection de 1863 est un traumatise pour les Polonais qui vont changer complètement leur réaction face à la colonisation toujours plus avancée des Prussiens et des Russes. En effet l’assimilation redouble alors dans la partie prussienne et russe. Les Prussiens vont même jusqu’à adopter une politique très agressive, mais inefficace, en terme de rachats de terres aux Polonais pour ensuite l’accorder aux colons allemands. Les Russes et les Prussiens interdiront la langue polonaise ainsi que l’accès à l’administration aux polonais. C’est donc à cette époque que va émerger un nouveau courant intellectuel parmi les Polonais : le positivisme. Les élites vont considérer que l’indépendance doit être réfléchie et non le fait d’insurrection sporadique destinées à échouer. Les positivistes vont donc travailler pour faire émerger des infrastructures et une population éduquée ; ils considèrent que la place de la Pologne parmi le concert des nations est égale à la somme de ses contributions dans les mondes universitaires, scientifiques et artistiques.

Il faut noter que l’église catholique fut particulièrement inquiétée par les autorités à cause de son rôle de ciment de la nation polonaise à travers les différentes colonies et représentera donc une valeur refuge tout au long de cette période.

À partir des années 1880, des partis nationalistes et socialistes vont se former à travers la Pologne et la Lituanie, et c’est du Parti Socialiste Polonais que va émerger Jozef Pilsudski qui au début du XXe siècle va passer dans la clandestinité et combattre les armées d’occupations russes. Il deviendra la figure majeure de la libération polonaise après la Première Guerre Mondiale. Mais les Polonais se divisent également sur la forme de l’indépendance qu’ils souhaitent. Certains veulent rester dans le giron russe pour garder leurs propres colonies ukrainiennes ou lituaniennes tandis que d’autres acceptent d’accorder leur indépendance aux minorités. Pilsudski tentera en 1905 pendant la guerre Russo-japonaise de se soulever mais échouera. Cette tentative aura cependant pour conséquence de disperser les socialistes et de ne laisser que des nationaux-démocrates à la Douma et qui deviendront de plus en plus loyalistes et antisémites.

La Première Guerre Mondiale puis l’indépendance

Les armées polonaises vont être utilisées par les deux camps (Russes et Allemands) et se verront promettre successivement la création d’une Pologne indépendante en cas de ralliement des armées dissidentes à tel ou tel camp. Mais c’est le Comité National créé à Lausanne en 1917 qui va obtenir la légitimité auprès des alliés. Le 26 janvier 1919 Pilsudski est élu chef de l’État polonais à l’unanimité. Dès l’année suivante, il lancera ses armées contre la Russie pour contester sa frontière orientale. La Pologne connaitra alors sa première véritable indépendance depuis 1795 jusqu’en septembre 1939 où les armées allemandes entreront à Varsovie.

Dans une première partie nous avons vu comment la Pologne s'était retrouvée sous la tutelle de la Russie, de la Prusse et de l'empire d'Autriche. Nous allons maintenant voir comment les Polonais ont dans un premier temps tenté de recouvrer leur indépendance par l'insurrection armée poussés par le lyrisme romantique. Mais ce sera finalement la stratégie de la reconquête économique qui sera suivie après les échecs insurrectionnels. Le temps des soulèvements La relative liberté laissée aux différentes régions polonaises (Royaume du Congrès, le Grand Duché de Posen et la Ville Libre de Cracovie) va permettre à la nation d’opérer sa…

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About Jean ROQUAIN

est étudiant à la Kedge Business School à Bordeaux. Intéressé depuis longtemps aux questions géostratégiques et d'actualités internationales, il a rejoint l'équipe des Yeux du Monde en novembre 2015.

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