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De l’Ancien Régime à la troisième république : le polymorphisme colonial français

 
Bataille de Ponte Novu entre les Corses et l’armée de Louis XV, qui se soldera par une victoire définitive de la France.

a) Du XVIème siècle à Louis XIV : la naissance de l’idée colonisatrice

C’est au XVIème siècle que débute l’entreprise de colonisation de la France avec, le 24 juillet 1534, la prise du Canada, l’implantation donc du royaume de France sur le continent Nord-Américain.

Cent ans plus tard, le 28 juin 1635, c’est la prise de la Guadeloupe, suivront La Réunion (1642), l’Inde Française (1668) puis la fondation de la Nouvelles-Orléans (1718), sur ce qui deviendra les Etats-Unis en 1787.

b) Entre Révolution et Restauration : continuité de la politique colonisatrice

En 1794, à la chute de Robespierre, l’esclavage sera aboli dans les Colonies Françaises. En 1799, Napoléon arrive au pouvoir ; il bénéficie de la Louisiane par le traité de San Ildefonso en 1800 mais la vendra le 30 avril 1803 aux Etats-Unis. En 1804, la France perdra Saint Domingue, sa plus riche colonie, qui prendra, à son indépendance, le nom d’Haïti. Ainsi, ce morcellement qui commença avec le Traité de Paris en 1763 fait qu’à l’aube du XIXème siècle, la France n’a plus de vaste territoire sur aucun continent. En Europe, elle colonisera la Corse, la rachetant à Genova, et, la révolte de Pasquale Paoli en 1769, elle bénéficiera d’un territoire stratégique en Méditerranée. Elle conserve une certaine importance dans les échanges internationaux du fait de ces nombreux comptoirs (les établissements français d’Inde, Gorée…), mais, craignant de devenir une proie du fait de son influence maintenant affaiblie, et de se faire distancer sur le plan commercial  par ses rivaux Européens avides de vengeances après la quinzaine d’années de guerres imposée par Napoléon. Charles X, avec la monarchie de Juillet, va impulser ce que l’on nommera normativement second espace colonial Français.

c) 1830-1939 : de Charles X à la Troisième République, la “grandeur” de la France et le second Empire Colonial.

En 1830, avec pour objectif de récupérer un territoire stratégique, Charles X débute la conquête d’Algérie. Cette action aura un double objectif, tout d’abord elle répond à une volonté d’expansion impérialiste qui va s’étendre jusqu’en “Afrique noire”, notamment dans le Golfe de Guinée. Cette implantation sur le continent Africain répond aussi d’un objectif d’ouverture sur la Méditerranée, qui avait déjà été initiée sous l’Ancien Régime, mer qui, à l’époque, constituaient un enjeu central dans la mondialisation déjà fremissante. Ce sera ensuite l’Océan Indien qui intéressera la monarchie du frère de Louis XVI, avec Madagascar en 1839, puis l’île de Mayotte qui deviendra un protectorat en 1841. S’en suivront des expéditions dans le Pacifique (notamment Tahiti). On note donc sous Charles X une projection sur le globe dans son intégralité, Napoléon voulait l’Europe, la France connue ensuite de grandes difficultés jusqu’en 1830, Charles X décidant alors d’étendre l’empire colonial, assurant à la France une présence commerciale et militaire dans le monde entier.

La courte deuxième République connaîtra tout de même l’abolition de l’esclavage en 1848 et l’assimilation de ces colonies à la métropole avec une présence préfectorale. Le second Empire, sous la gouverne de Prosper de Chasseloup-Laubat, modernisera la Marine de guerre française, toujours dans cette optique d’étendre le territoire et d’en garder un contrôle centralisé. La France va prendre possession de la Nouvelle-Calédonie, le Sénégal et la côte du Gabon au milieu du siècle. Enfin, dans la deuxième moitié du XIXème, la France connaîtra une forte expansion avec la campagne du Cochinchine et du Cambodge.

Sous la Troisième République, les vieilles colonies se voient reconnaître la citoyenneté française, puis étendue à l’ensemble des habitants de l’empire à la conférence de Brazzavile en 1944 ; on y reconnaîtra la main de Felix Eboué. Ce qui marquera la grandeur retrouvée de l’empire colonial Francais vu véritablement la conférence de Berlin en 1884, qui partagera l’Afrique entre les puissances européennes, ravivant les tensions “au soleil” avec l’Allemagne de Guillaume II. En Afrique, on observera un renforcement de l’influence française, à partir du début du XXème puis après 1918, un élargissement du territoire sous influence française, le Second empire colonial consistera surtout en une protectoralisation des territoires, notamment du Maghreb et du Golfe de Guinée qui resteront deux zones stratégiques, notamment en termes de ressources minières et d’hydrocarbures. Le traité de Versailles reversera aussi à la France une partie des colonies allemande et de l’empire Ottoman : ainsi, la France administra une partie du Cameroun et du Togo, ainsi qu’au Proche Orient avec la Syrie et le Liban. L’héritage Africain sera déterminant en termes de ressources humaines pour la seconde guerre mondiale, tandis que l’influence au Proche-Orient dessinera les grandes lignes géopolitiques des décennies futures, d’une part dans la concurrence avec les britanniques dans la zone, d’autre part dans la marque culturelle et politique que la France a laissé, notamment dans la société libanaise. Elle favorisera aussi la modernisation de la région. Ces deux zones seront aussi de grands théâtres de guerre, où la France européenne affaiblie peut encore exprimer sa puissance et guider les grands mouvements internationaux qui s’y jouent.Ce fut aussi l’époque de la confirmation de la puissance française au Congo, au Sénégal et en Tunisie, ainsi que du réchauffement des relations avec l’Entente Coloniale et l’alliance Russe contre l’Allemagne.i

Ces siècles furent déterminant dans l’affirmation historique de la diplomatie française. Marquée de ce lien fort avec les colonies, la France après la Seconde-Guerre mondiale, et malgré la décolonisation, conservera des partenariats avec nombres d’anciens protectorats et en fera même une stratégie, ce qu’on désigne aujourd’hui comme du néo-colonisalisme. 

 

About Marc-Antoine FAURE COLONNA d'ISTRIA

Etudiant en Economie à Paris-Dauphine. Passionné d'Histoire, de Philosophie politique et de Géopolitique, Marc-Antoine écrit principalement sur le Proche et Moyen-Orient.

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