1968, l'offensive du Têt embrase les foules américaines
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1968, l’offensive du Têt embrase les foules américaines

 

L’offensive du Têt, qui débute le 30 janvier 1968, marque un tournant stratégique à la fois au Vietnam, et au sein-même des États-Unis. Cette offensive lancée par le Front national de libération, le jour du nouvel an vietnamien, a eu des répercussions jusque dans la politique interne américaine. Après trois ans d’un engagement américain au Vietnam, les troupes sont dans une impasse et la foule s’oppose de plus en plus fermement à la guerre.

Offensive du Têt. (Cliquez pour voir en plus grand)

Un tournant pour la guerre du Vietnam

Au début de l’année 1968, une offensive menée par les Viêt-Congs cible une centaine de villes du Vietnam, des bases américaines stationnées dans le sud du Vietnam, ainsi que l’ambassade des États-Unis à Saïgon.

L’offensive du Têt, si elle a coûté cher aux forces du Front national de libération, et a finalement été repoussée, représente néanmoins une victoire stratégique en termes de guerre psychologique. Le gouvernement des États-Unis, soutien des forces du Sud-Vietnam, commence à envisager un retrait et une résolution pacifique, face à la perspective d’une guerre longue et coûteuse. Et ce, quitte à abandonner son allié avant qu’il n’ait pu consolider sa position.

Un tournant pour les manifestations pacifistes

La résistance des forces communistes nord-vietnamiennes face aux troupes américaines et au régime du général Thieu ont redonné du souffle aux mouvements de protestation politiques à l’intérieur des États-Unis. C’est ainsi que des étudiants et des ouvriers, déçus par l’inaction de la gauche traditionnelle prennent un tournant radical. C’est la naissance de la Nouvelle Gauche, celle que l’on nomme la New Left.

Ainsi, l’opposition de l’opinion publique à la guerre du Vietnam, déjà forte fin 1967, comme le témoigne la marche du Pentagone, s’intensifie et se généralise dans tout le pays, transcendant les classes sociales. Les manifestations pacifiques deviennent violentes, et devant l’hostilité des foules, le président Lyndon Johnson renonce à se présenter à l’élection présidentielle de 1968.

Des soldats américains, déployés au Vietnam, complétant leur inscription sur les listes électorales.

Des résonances politiques internes et internationales

Le constat est sans appel : la guerre au Vietnam est un gouffre financier, humain et politique. Or, 1968 est une année d’élection présidentielle aux États-Unis. Lyndon Johnson, président élu en 1964 et ancien vice-président de John F. Kennedy préfère laisser à son successeur le soin de gérer le retrait des troupes américaines du Vietnam.

Le retrait des troupes, les manifestations contre la guerre et la défaite successive des forces sud-vietnamiennes, ne signent pas pour autant le début d’une politique pacifiste. Plus convaincu que jamais de la nécessité d’une intervention étrangère dans la région, le nouveau président, Richard Nixon, décide de bombarder le Cambodge, base de repli du FNL, et d’envahir le Laos. Aux États-Unis les manifestations pacifistes ne s’essoufflent pas.

Ainsi, dans un climat de Guerre froide et de mouvements des droits civiques, une offensive militaire au Vietnam a réussi à embraser les foules à plusieurs milliers de kilomètres, à influencer une élection présidentielle américaine et à servir de casus belli pour une ingérence accrue dans la région.

About Isabelle Kemmel

Isabelle Kemmel est diplômée de l'IRIS, de l'Institut d’Études Européennes de l'université de Malte et de l’École de Sciences Politiques de l'université de Bologne. Elle s'intéresse aux relations internationales et plus particulièrement à la place du social dans la stratégie politico-militaire.

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2 comments

  1. Merci beaucoup pour l’article ! Je me permets toutefois cette remarque : Johnson est certes devenu Président suite à l’assassinat de JFK en 1962, mais il a ensuite été élu en 1964 pour le mandat 1965-1969…

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