Home / Un peu d'histoire / Analyses / La Turquie et la question kurde

La Turquie et la question kurde

 
Abdullah Öcalan, leader du PKK, actuellement en détention sur l'île prison d'Imrali
Abdullah Öcalan, leader du PKK, actuellement en détention sur l’île prison d’Imrali

Le problème kurde dans cette région qu’est l’actuelle Turquie n’a débuté véritablement qu’avec la fondation de la République de Turquie. En effet les Kurdes étaient bien intégrés au sein de l’Empire Ottoman. C’est à partir de 1923, lorsque Mustafa Kemal Atatürk, premier Président de la République de Turquie proclame cette dernière, que la situation va se dégrader. Assez rapidement, les Kurdes furent perçus comme une menace pour l’unité nationale turque. Ils en subiront ainsi les frais. Sur le plan légal, nous pouvons ainsi évoquer le décret-loi du 3 mars 1924, qui interdit l’enseignement de la langue kurde dans les écoles turques, ou encore la loi de déportation du 5 mai 1932, ou même la loi de « l’établissement forcée » du 21 juin 1934, visant à une brutale « turquisation » des régions kurdes. La réaction kurde fut conséquente : de 1925 à 1939, de nombreuses révoltes éclatèrent et furent durement réprimées par l’armée. Un exemple célèbre est celui de la région de Dersim, où 40 000 Kurdes perdirent la vie entre 1936 et 1938.

La situation continua d’être défavorable pour les Kurdes, mais une répression féroce les condamna longtemps au silence : la lutte armée entre Turcs et Kurdes repris véritablement dans les années 1980.  Le PKK, Parti des Travailleurs du Kurdistan, créé en 1978 par Abdullah Öcalan, aurait ainsi causé la mort de 44 000 personnes entre 1984 et 2008, selon le gouvernement turc. Ainsi, en 1987, l’état d’exception a été instauré dans plusieurs provinces du sud-est de la Turquie, permettant à l’armée et aux autorités locales de disposer de compétences spéciales pour lutter contre le PKK. Il a depuis été levé dans de nombreuses régions,  vu que son établissement et son prolongement nécessitent l’avis du Parlement. Ceci, ajouté à la destruction de 4000 villages kurdes ainsi qu’à l’arrestation en février 1999 d’Abdullah Öcalan, leader du PKK, mena à une baisse des actions armées de cette organisation.

Malgré cela, de timides avancées sont à noter : le 27 juillet 2009, le Président turc Abdullah Gül reconnut que les Kurdes n’avaient pas les mêmes droits que le reste de la population, ce qui tranche avec le déni de ses prédécesseurs. Enfin, la répression est moins forte qu’auparavant, ceci étant du entre autre au fait que la Turquie veut adhérer à l’Union Européenne, forcément attentive au problème kurde. Néanmoins la représentation politique des Kurdes est toujours empêchée, malgré le fait qu’ils représentent entre 14 et 20% de la population de Turquie. Ainsi, les partis s’affichant pro-kurdes ont été souvent victime d’une répression avant d’être dissous. Le dernier en date fut le Parti de la Société Démocratique, dissout le 11 décembre 2009 par la Cour Constitutionnelle Turque.

About Vincent SATGE

Vincent Satgé est cofondateur du site les-yeux-du-monde.fr ainsi que coprésident de l’association Les Yeux du Monde. Il étudie actuellement à Sciences Po Bordeaux.

Check Also

Le long crépuscule du Maroc français au XXe siècle

 Admiratif et nostalgique d’un pays dont il fut Résident Général comme en témoigne la salle …

One comment

  1. t'es bon billet, on comprend mieux pourquoi les kurdes prennent les armes pour se battre contre un régime qui ne veut pas leur donner leur droit légitime

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.