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Séparatisme en Somalie : vers une reconnaissance de la République du Somaliland ? – Kevin Merigot

 

Occupant une position géographique stratégique, aux portes du détroit de Bab el-Mandeb, la Somalie connaît le chaos depuis près de 25 ans. Avec aujourd’hui, une région autoproclamée indépendante en 1991, le Somaliland, et une autre région autoproclamée autonome en 1998, le Puntland, la Somalie a-t-elle un jour été unie ?

Source : « Le Somaliland, une exception africaine », par Gérard Prunier (Le Monde diplomatique, octobre 2010).

La Somalie naît en juillet 1960 de la fusion du protectorat britannique au Nord avec le Territoire sous tutelle italienne au Sud. A peine unifié, le pays situé à la pointe de la corne de l’Afrique doit faire face à la volonté séparatiste de la région du Somaliland.

Les séparatistes vont profiter de l’affaiblissement de l’armée somalienne, enlisée dans la guerre de « l’Ogaden » pour reprendre les armes, après avoir été contenus par la force du régime du dictateur Muhammad Siyaad Barre au pouvoir depuis 1969. Les chefs de guerre somaliens s’unissent en 1991 pour le chasser du pouvoir, repoussant dans la foulée les casques bleus de l’Opération des Nations unies en Somalie (ONUSOM), déployés pour tenter de sécuriser l’apport de l’aide humanitaire et faire respecter le cessez-le-feu de la guerre civile dans lequel le pays est alors plongé.

Pendant que cette guerre empêchait l’établissement de toute autorité étatique, le Somaliland s’autoproclame indépendant ; le Puntland et le Jubaland (région au Sud, à la frontière avec le Kenya) vont ensuite s’autoproclamer région autonome en 1998. Aucune de ces régions n’a été reconnue par la communauté internationale. En janvier 2007, l’armée éthiopienne, alliée du Gouvernement de transition somalien, prend le contrôle du Jubaland avant que la région ne passe sous le joug des milices du groupe Al-Shabbaab (affiliées à Al-Qaïda), actives dans le pays depuis 2006 et qui contrôlent encore aujourd’hui une grande partie du territoire. Depuis 2011, la région que le Kenya considère comme faisant partie de sa zone d’influence, est sous contrôle de l’armée kényane, déployée à la frontière pour lutter contre la progression du groupe terroriste.

Ce n’est qu’en 2012 qu’est formé le premier gouvernement reconnu par la communauté internationale : le Gouvernement fédéral de transition (GFT), présidé par Hassan Sheikh Mohamoud. Face à l’incapacité de l’Etat central à organiser des élections dans le pays, l’élection du nouveau Parlement le 11 janvier 2017 est entachée de nombreuses irrégularités. Sur fond de rivalités politiques, d’insécurité et face à un manque d’infrastructures institutionnelles, l’élection présidentielle au suffrage universel direct promis n’a pas eu lieu et c’est le Parlement qui a élu Mohamed Abdullahi Farmajo président, le 8 février 2017.

Toutefois, au Somaliland, les autorités séparatistes ont réussi à ramener un semblant de stabilité, à reconstruire les infrastructures et à organiser des élections pluralistes. Quatre élections s’y sont déjà déroulées dans le calme et la région devrait élire fin mars 2017 son futur président.

Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne (UE), ni la Ligue arabe n’osent se prononcer sur la reconnaissance d’une région qui respecte pourtant l’article 4-b de la Charte de l’organisation panafricaine qui requiert de « respecter les frontières existantes au moment de l’accession à l’indépendance » ; les frontières de l’actuel Somaliland correspondent à celles du protectorat britannique en 1991. Quant à l’Union africaine, malgré un rapport favorable en 2005, elle aussi tente de retarder sa réponse, gardant en mémoire les échecs des dernières indépendances africaines reconnues (Erythrée et Soudan du Sud).

Début février 2017, le Parlement de la république auto-proclamée a donné le feu vert à l’installation d’une base militaire navale émiratie dans le port de Berbera, l’un des rares ports en eaux profondes de la corne de l’Afrique. Avec la signature de cet accord, les Emirats arabes unis (EAU) se sont engagés à agrandir le port de commerce. Ce projet réjouit particulièrement l’Ethiopie voisine, privée de littoral depuis l’indépendance de l’Erythrée, et qui se verrait ainsi obtenir une autre option d’accès à la mer que le port de Djibouti.

Le gouvernement de l’Etat central somalien qui ne reconnaît pas la République du Somaliland, s’oppose fermement à ce projet. Le président Farmajo, qui lutte contre le chaos qui règne dans le pays où s’affrontent groupes criminels, milices islamistes, rebelles séparatistes et forces de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), a même sollicité l’Arabie saoudite, proche allié des EAU, pour les convaincre de revenir sur ce projet. En effet, au-delà d’être une grande opportunité de développement économique, cet accord constituerait un acte majeur de souveraineté de la part du Somaliland.

Kevin Merigot

Diplômé en Géoéconomie et intelligence stratégique et étudiant en Défense, Sécurité et gestion de crise à l’école de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Membre des comités Marine et Moyen-Orient de l’ANAJ-IHEDN. S’intéresse aux questions de sécurité énergétiques, de sécurité maritime ainsi qu’aux facteurs de déstabilisation et de défaillance des Etats.

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3 comments

  1. Le Somaliland a obtenu son indépendance des britanniques le 26 juin 1960 alors que la Somalia (somalie du sud) est encore sous colonie italienne. le Somaliland est donc un pays dont les frontières respectent parfaitement celles héritées de la colonie (condition nécessaire pour sa reconnaissance selon les principes de l’UA). Mais en plus il a existé en tant que pays, durant une courte période certes, mais de manière effective. C’est aussi le Somaliland qui a pris l’initiative de s’unir avec la nouvelle république soeur du sud (la Somalia). Ce choix était guidé par un idéal d’époque de l’élite somali: le « PANSOMALISME ». Il s’agissait de réunir au sein d’un seul pays les 5 régions de l’Afrique de l’Est peuplées par des somalis à savoir la Somalia (italienne), le Somaliland (britanique), Djibouti (française), l’Est éthiopien et le nord du Kenya (Northern Frontier District). Le choix de l’étoile à 5 branches du drapeau somalien répondait de cette symbolique. En déclenchant la guerre
    somalo-ethiopienne des années 70, la Somalie visait à récupérer et à intégrer en son sein l’Est éthiopian. Le pansomalisme étant mort, les somalilandais ont choisi de recouvrer leur indépendance troquée, jadis, contre un rêve irréaliste. Alors qu’elles ne s’étaient pas encore remises du lourd tribu payé dans la guerre contre l’Ethiopie, voilà que les populations somalilandaises voient leur capitale bombardée par l’aviation de leur propre pays faisant plus de 50 000 morts à Hargueisa, cette ville martyre qui a été réduite à néant. Depuis lors le somaliland s’est reconstruit tout seul, avec ses moyens limités. Il a bâti, en 25 ans, une véritable nation avec tous les attributs d’un état moderne. En effet 4 présidents de la république s’y sont succédés durant sa courte Histoire. Et des élections libres au suffrage universel y ont assuré, à chaque fois, une alternance pacifique aussi bien au niveau de l’exécutif que du législatif.
    Le Somaliland apparait aujourd’hui comme un modèle de démocratie en Afrique. Qu’en est-il du reste de la Somalie? Et combien de temps ce havre de paix, tiendra-t-il tout seul, face à la menace permanente des jihadistes « El shebab » qui sévissent à ses frontières sud? Combien de temps les somalilandais resteront-ils sereins devant ce qu’ils ressentent comme étant une injustice faite à leur égard, à savoir le monde qui s’assoie sur leur droit à l’indépendance? Que fait le monde du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ou droit à l’autodétermination, qui est un principe du droit international?
    souleiman a. momahed

  2. Je suis lasse de l’Union Africaine, lasse de ses faux semblants. Au lieu de se montrer neutre dans le dossier Somalie/Somaliland la voilà qui se lance dans des opérations militaires et danse sur les droits des peuples. Peut-on réellement attendre grand chose de cette jeune fille. Une vierge capricieuse qui désunit plutôt qu’unir, qui divise et rit des efforts des somalilandais au lieu d’en être fière. Je préfère la paix à la guerre même si cela doit retarder la reconnaissance de mes efforts, je chérirais ma démocratie même si elle n’est pas parfaite, je me suffirais de ce je reçois même si mes gens meurent encore de famine et cela durant 100ans. Je suis somalilandaise et si je ne suis plus de ce monde je le crierai de ma tombe pendant que mes enfants écriront ce même message.

  3. J’ai entendu dire par quelques somalis, et tel que le dit Souleiman, que la colonie anglaise indépendante avait proposé une union au sud. Mais, au fil des ans, le sud s’octroyant l’ensemble des ressources du pays, le nord a souhaité faire machine arrière et récupérer son indépendance

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