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Guerre civile et découvertes majeures de ressources énergétiques : Espoir ou cauchemar pour le Mozambique ? – Kevin Merigot

 

Malgré les différents accords sur le climat et le développement des énergies renouvelables, les énergies fossiles ont encore de belles années devant elles, de même que les pays qui les exportent. Entre 2010 et 2012, des gisements de gaz sont découverts au Mozambique. Cette découverte en ferait la première réserve de l’Afrique subsaharienne. S’il semble promis à devenir l’un des 5 plus gros exportateurs de gaz dans les années à venir, quel va être l’impact de cette fortune soudaine sur le pays en proie aux fractures sociales et politiques ?

Source : Infographie « Le Monde », Adrien Barbier, « Le Mozambique, future « pile électrique » de l’Afrique ? », Le Monde, mai 2016.

Lorsque l’on parle d’énergie en Afrique, c’est vers la partie ouest du continent que les esprits se tournent, notamment le Golfe de Guinée et les côtes plus au Sud, au large de l’enclave du Cabinda. L’Est quant à lui a longtemps été délaissé : jusqu’en 2011, ses réserves de pétrole estimées étaient près de 10 fois inférieures à celle de l’Ouest.

Le coût de l’énergie est avancé comme étant l’un des principaux freins au dynamisme économique de la région, considérée comme peu attractive par les investisseurs étrangers. Lorsqu’entre 2010 et 2012, Anadarko (américain) et ENI (italien) ont fait au large des côtes mozambicaines les « plus importantes découvertes de gaz de la décennie », tous les yeux se sont alors tournés vers le pays dont la kalachnikov qui orne son drapeau illustre encore bien son actualité.

En 1962, le groupe indépendantiste « Front de libération du Mozambique » (Frelimo), prend les armes dans une guerre de libération nationale contre le Portugal. Alors que la plupart des pays du continent sont décolonisés, le Portugal enlisé dans un conflit coûteux et meurtrier, va s’incliner, permettant l’accès à l’indépendance du Mozambique en 1974.

L’importante réforme agraire et la série de nationalisations alors entreprises par le Frelimo créent des tensions dans le pays. De ces tensions naît en 1977 le mouvement de la Résistance nationale mozambicaine (Renamo), soutenu fortement par la Rhodésie et l’Afrique du Sud, va mener une guerre civile. Ce conflit interne ne prendra fin qu’à la suite des accords de Rome en 1992. L’Opération des Nations Unies au Mozambique (ONUMOZ) va dès lors être déployée dans le pays jusqu’aux premières élections démocratiques d’octobre 1994, remportées par le Frelimo mais au cours desquelles, le Renamo devenu entretemps parti politique, a tout de même obtenu 35% des voix au niveau national, la majorité dans certaines provinces et jusqu’à 35% des voix dans des zones qu’il n’avait jamais occupées militairement, illustrant son ancrage auprès de la population.

Entre 2013 et 2014, des affrontements vont reprendre de façon plus isolée et sporadique. Le Renamo réclame, entre autres, une nouvelle loi électorale et dénonce la non-réintégration de ses forces dans l’armée régulière et la police.

En 2015, les tensions demeurent, poussant de nombreux Mozambicains à trouver refuge au Malawi voisin pour fuir les affrontements qui se déroulent aux alentours de Tete, de Nampula ou encore dans le centre du pays.

A la suite des multiples découvertes de gisements de gaz au large de ses côtes, le Mozambique est surnommé le « petit Qatar ». Doté d’une façade maritime idéalement exposée pour servir les marchés asiatiques, le Mozambique est destiné à devenir l’une des plus grandes plateformes mondiales de production de gaz naturel liquéfié (GNL). Le gouvernement voit en ces découvertes l’opportunité de développer le pays, d’autant que le sous-sol mozambicain regorge également d’importantes ressources en charbon, en graphite et autres matières premières.

Pour mener à bien l’exploitation de ces ressources, des investissements considérables sont à réaliser, tout étant à construire : aménagements portuaires, construction de terminaux gaziers, gazoducs, chemin de fer, etc. Les coûts de mise en place de ces projets dépassent de loin le Produit intérieur brut (PIB) du pays (environ 15 milliards USD).

La société civile et l’opposition s’inquiètent du manque de transparence qui accompagne souvent les industries extractives, notamment sur le continent africain ainsi que du risque d’une mauvaise gestion de la rente des matières premières, compte tenu d’une corruption qui reste importante dans le pays. S’il est difficile d’évaluer aujourd’hui les capacités militaires du Renamo, bien que celles-ci semblent limitées, ses effectifs importants (estimés à plusieurs milliers d’hommes) lui confèrent une réelle capacité de nuisance. La question de la redistribution des revenus générés par l’exportation de matières premières, notamment le gaz, est particulièrement sensible dans ce pays qui ne réussit pas à résoudre ses conflits internes.

Kevin Merigot

Diplômé en Géoéconomie et intelligence stratégique et étudiant en Défense, Sécurité et gestion de crise à l’école de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Membre des comités Marine et Moyen-Orient de l’ANAJ-IHEDN. S’intéresse aux questions de sécurité énergétiques, de sécurité maritime ainsi qu’aux facteurs de déstabilisation et de défaillance des Etats.

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