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Les puissances américaines

 
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Traiter du sujet « les puissances américaines » peut prêter à sourire : pour beaucoup, il n’y a qu’une, et une seule puissance américaine : celle des Etats-Unis. Et même, si l’on voulait pousser le trait, on pourrait dire qu’il y a des puissances américaines, mais uniquement au sein même de ce pays (côte Est, côte Ouest). Mais, en 2010, la montée en puissance du Brésil (entre autres) nous oblige à revoir ce jugement.

Commençons donc par le premier point de vue, valable jusqu’il y a encore quelques années. Une, et une seule puissance au sein des Amériques. Cela est évidement symbolisé par le Nord-Est, au sein de la Mégalopolis (voir à ce sujet la carte sur les métropoles). Elle concentre tous les facteurs de la puissance américaine : économique, politique, militaire, etc. Ceci est ce qu’on pourrait appeler la « puissance historique » américaine. Et depuis la Seconde Guerre mondiale, le pôle californien est devenu majeur, notamment dans la puissance technologique américaine. Tourné vers le Pacifique, il reste aujourd’hui la seule interface entre les Etats-Unis et les pays majeurs d’Asie. Une interface qui pourrait dans quelques années devancer la côte Est en termes de puissance (encore faut-il que celle-ci soit « mesurable »).  Et pour relier ces deux côtes, un certain nombre de grandes villes, qu’elles soient historiquement puissantes (Detroit, Chicago) ou plus « récentes » (Phoenix) permettent de donner un semblant d’équilibre au territoire américain. Néanmoins, les Etats-Unis ont bien compris qu’eux seuls ne pouvaient mener la barque en Amérique. L’allié politique canadien est devenu économique, grâce à la Main Street America. La frontière naturelle des Grands Lacs est devenue polarisante, si bien que l’axe Chicago-Montréal ressemble étrangement au Boswash entièrement américain. Et l’attrait du Mexique, notamment pour les délocalisations, a donné naissance au terme de Mexamérique. La confirmation de cette stratégie économique états-unienne est symbolisée par la création de l’ALENA, en 1992, entre ces trois grands nord-américains.

Mais l’attrait de leurs deux voisins n’a jamais suffi aux Etats-Unis. Historiquement, les Etats-Unis ont toujours tenté de défendre leurs intérêts, par le biais d’interventions de la CIA ou de politiques plus douces. Cette coercition s’est notamment révélée nécessaire plusieurs fois lors de la Guerre Froide. Mais depuis la fin de celle-ci, c’est par la régionalisation que les Etats-Unis ont tenté d’impulser un « mouvement américain ».  L’Organisation des Etats Américains (OEA), existant depuis les années 1950, n’a jamais eu beaucoup de poids. C’est dans la volonté de la relancer que George Bush père avait lancé l’idée d’une Zone de Libre-Echange des Amériques (ZLEA). Le terme d’Amérique « du Yukon à la Terre de Feu » est resté dans les annales, mais sans véritable réalité (on verra pourquoi en dessous). Les Etats-Unis se « contentent » donc d’avoir une influence sur la zone Caraïbe et l’Amérique Centrale, grâce à la CAFTA (ALEAC en français, pour Accord de Libre-Echange d’Amérique Centrale), depuis 2004. La CAFTA reste néanmoins négligeable par rapport à l’ALENA, tant par les pays représentés que par le poids économique.

Mais à vrai dire, la puissance états-unienne se trouve contrebalancée depuis quelques années pour plusieurs raisons. C’est surtout l’Amérique du Sud qui peut marquer un rejet, ou du moins une faible attractivité, vis-à-vis des Etats-Unis. Cela tient principalement au virage à gauche négocié au Sud depuis 2000. La politique des grands noms de la gauche sud-américaine (Chavez, Lula) s’avérait en effet terriblement opposée au pouvoir fort de Bush fils. La hache de guerre n’est toujours pas enterrée. De plus, les pays d’Amérique du Sud (et même Centrale), ayant perçu les effets négatifs de politiques libérales durant les années 1980-90 (politiques venues… des Etats-Unis)  ont tenté de rapprocher leurs économies. Cela se manifeste par des corridors transcontinentaux ou « bio-océaniques ». Les deux majeurs relient Puebla, au Mexique, à Panama, et Porto Alegre, au Brésil, à la ville chilienne d’Antofagasta, en passant par Asunción. Et plus concrètement, c’est évidemment par le Mercosur, pendant sud-américain de l’ALENA, que le rapprochement économique s’est fait. Cependant, la crainte majeure des Etats-Unis pour leur domination continentale se situe au Brésil. Ce pays va-t-il marcher sur les plates bandes états-uniennes ? Reste que son pouvoir d’attraction est fort, et s’étend désormais au-delà de l’isthme de Panama. Voilà pourquoi on parle de puissances américaines au pluriel !

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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