Le Golan syrien occupé, fortin militaire aquifère stratégique convoité - Les Yeux du Monde

Le Golan syrien occupé, fortin militaire aquifère stratégique convoité

Sous les applaudissements de Benyamin Nétanyahou, le lundi 25 mars 2019, Donald Trump a signé un décret par lequel, les États-Unis reconnaissent la souveraineté d’Israël sur le Golan syrien occupé. Événement marchepied pour la pensée, il importe de l’analyser au travers un prisme géostratégique favorisant, par son biais, une meilleure compréhension des enjeux. 

L’avantageuse géographie du Golan, vectrice constante de velléités régionales d’accaparement de sa situation militaire stratégique et de jouissance de ses richesses hydrauliques

Le Golan, host oriental de la faille du Levant, est un compartiment surélevé en bloc atteignant 1 226 mètres d’altitude. Ce plateau est naturellement borné au nord par le mont Hermon, point culminant de l’Anti-Liban, au sud par la vallée encaissée du Yarmouk, principal affluent du Jourdain, et à l’ouest par le lac de Tibériade, ressource aquifère prisée car objet de toutes les convoitises régionales. Il est arbitrairement situé, puisque résultante historique des traits occidentaux, au nord de la Jordanie, au sud du Liban, à l’est d’Israël ainsi qu’à l’ouest de la Syrie. 

Ce carrefour surélevé militarisé, qui d’ores et déjà est permis d’entrevoir, ne suffit pas à lui seul, par cet unique aspect, à saisir avec plénitude le caractère stratégique imputable à sa géographie. L’activité des cratères volcaniques qui y habitent explique son sol basaltique à l’origine des richesses hydrauliques qu’il octroie. Richesses qui, depuis l’antiquité, justifient toutes les velléités d’accaparement de son territoire et de jouissance de ses ressources.

L’Empire romain déjà, sous le règne de Titus, y stationnait ses troupes en vue de tirer parti de ses réserves en eau. Plus tard, au nord du plateau, les croisés y installèrent un poste d’observation fortifié. 

Après la Première Guerre mondiale qui vit forces britanniques, françaises et arabes conquérir le Levant sur l’Empire ottoman puis, au sortir des négociations franco-britanniques sur le tracé des frontières entre leurs mandats respectifs, en 1923, le Golan devint territoire syrien sous mandat français, tandis que le lac de Tibériade appartint au territoire palestinien sous mandat britannique. Ce ne fut qu’à partir de sa déclaration d’indépendance en 1946, que la République arabe syrienne pu bénéficier totalement de la position stratégique du Golan. Les Syriens, mettant à profit la position haute du plateau, installèrent des batteries sur la crête ouest en vue d’asseoir leur domination sur le lac de Tibériade et le Jourdain. Subissant le joug de l’armée syrienne, qui bombarda les villages israéliens depuis ces hauteurs en avril 1967, la sujétion de l’État hébreu à son exposition s’intensifia consécutivement au détournement qu’il commis des eaux du lac Houlé vers celui de Tibériade qui, fort de son aqueduc national construit en 1964, irriguait le pays jusqu’au Néguev. 

Aspirant à démunir Israël de ces ressources hydrauliques par le biais d’une cessation d’alimentation du lac de Tibériade, la réaction syrienne se matérialisa par l’établissement d’un programme de détournement des eaux de la rivière Baniyas. Venant s’insérer, tel un additif influent, au sein d’une situation géostratégique belliqueuse plus globale, ce détournement fut l’un des événements considéré par Israël en qualité de casus belli, justifiant, à ses yeux, le recours préventif à l’usage de la force armée que constitue la guerre des Six JoursGuerre, opposant l’État hébreu à une coalition militaire d’États arabes (la Syrie, l’Irak, la Jordanie, le Liban, l’Algérie, le Yemen, le Soudan, le Koweït et l’Arabie saoudite) du 5 au 10 juin 1967, qui engendra la conquête israélienne du Golan syrien, territoire depuis lors occupé par les colons. À la genèse de ce théâtre d’opération, l’interception d’un télégramme convainquant Moshe Dayan, Ministre de la Défense nouvellement nommé, sur l’absence de volonté soviétique d’intervenir au sein du conflit. Interception qui permis la conquête du Golan, la neutralisation des installations militaires syriennes sur le plateau et la reprise du contrôle de ses eaux par l’arrêt des dérivations antérieurement imposées.

La guerre du Kippour d’octobre 1973 ne pouvant endiguer le refus israélien de retrait du plateau, au nom d’une menace stratégique permanente que constituerait un contrôle syrien de ce fortin militaire, le 14 décembre 1981, Israël annexa unilatéralement le Golan syrien en le rattachant à son District Nord. Toute négociation de paix, rendue laborieuse depuis l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un extrémiste juif en novembre 1995, apparaît aujourd’hui irréalisable. 

Reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur le Golan syrien occupé : entre enjeux géostratégiques et diplomatie électoraliste

Actuellement, le dessalement, vu comme stratégie israélienne de diversification des voies d’approvisionnement en eau potable, satisfait 60% de sa demande domestique et permet le surpassement du stress hydrique auquel son climat semi-désertique semblait le condamner. Pour autant, même si Israël produit désormais une large partie de son eau potable par désalinisation, la maîtrise des sources d’eau douce reste primordiale dans la mesure où les richesses du Golan assurent un tiers de l’alimentation aquifère nationale. 

En outre, Bachar el-Assad estime le Golan comme l’Alsace-Lorraine syrienne, posant comme condition sine qua none à toute paix la restitution du sol occupé, tandis que Benyamin Nétanyahou accusait, en mars 2019, le mouvement chiite libanais assisté par l’Iran, d’établir secrètement un réseau militaire sur le plateau contrôlé.

Dans ces circonstances, celui-ci se satisfait de la signature par Donald Trump, le 25 mars 2019, du décret américain de reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan. A l’inverse, cinq pays européens – l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Belgique et la Pologne – ont affirmé à l’ONU leur rejet de la décision américaine. Même l’Arabie saoudite, fidèle alliée régionale des États-Unis, s’est déclarée opposée à la reconnaissance par Donald Trump de l’annexion israélienne du Golan. Rompu à l’exercice de la realpolitik, le Président étasunien entend satisfaire son important électorat chrétien évangélique qui, en échange, lui octroie bienveillance en sa qualité de néoconservateur proche de Benyamin Nétanyahou.

Sources:
https://www.lesclesdumoyenorient.com/Le-Golan-un-territoire-strategique.html
https://www.monde-diplomatique.fr/1992/03/ALGAZY/44250
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/05/10/pourquoi-le-plateau-du-golan-est-il-au-c-ur-du-conflit-entre-israel-et-la-syrie_5297199_4355770.html
https://francais.rt.com/international/60593-golan-arabie-saoudite-rejette-absolument-reconnaissance-souverainete-israelienne

About Adrien GUYOT

Adrien GUYOT est Juriste Droit des Affaires Alternant chez Michelin | Étudiant en Master 2 Droit et Fiscalité de l’Entreprise GEFIRE. Il est également titulaire d'une Licence en droit privé, d'un Diplôme Universitaire en Gouvernance, Risques et Conformité, ainsi que d'un Master 1 en Droit des Affaires à l'Université Clermont Auvergne. Il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis novembre 2018.

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