L’OMS, dernière victime de l’unilatéralisme américain - Les Yeux du Monde

L’OMS, dernière victime de l’unilatéralisme américain

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Aboutissement de plusieurs mois de tensions, l’annonce du retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) témoigne de l’unilatéralisme imprimé par Donald Trump à la politique étrangère américaine. Cette décision exacerbe de surcroît la rivalité géopolitique avec Pékin, sur fond de guerre commerciale.

L'OMS, dernière victime de l'unilatéralisme américain
En annonçant le départ des États-Unis de l’OMS, Donald Trump porte un coup supplémentaire au multilatéralisme.

La Maison-Blanche, vent debout contre la gestion de crise de l’OMS

D’aucuns soupçonnaient Donald Trump de se livrer à une énième rodomontade. Las, le président américain vient de leur opposer un démenti cinglant. Le 7 juillet, en pleine pandémie de Covid-19, les États-Unis ont officiellement notifié au secrétariat général de l’ONU leur intention de se retirer de l’OMS. Cette menace avait été agitée dès le 14 avril, dans un courrier courroucé de Donald Trump au directeur général de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. Pointant du doigt la gestion de la crise sanitaire par l’organisation, les États-Unis avaient, dans un premier temps, annoncé suspendre leur contribution financière (représentant près de 15% du budget annuel de l’OMS).

Parmi les griefs américains : le manque de réactivité de l’OMS face aux premiers cas de Covid-19 en Chine, les réserves « inexplicables » de l’organisation quant à la politique de restriction de voyages décidée par Washington et, plus généralement, sa complaisance à l’égard du pouvoir chinois. Le 29 mai, jugeant l’OMS incapable de se réformer, le président américain avait déclaré « mettre un terme » à la relation liant son pays à l’organisation. L’annonce du départ effectif des États-Unis – censé intervenir le 6 juillet 2021 – ne constitue donc qu’une demi-surprise.

L’OMS s’ajoute à la longue liste des structures internationales désertées par Washington

L’attitude de Washington, sous couvert de considérations sanitaires, offre ainsi une nouvelle démonstration de l’unilatéralisme américain en politique étrangère. Fidèle à sa doctrine dite de « l’Amérique d’abord » (America First), le président Trump n’a eu de cesse d’exprimer sa défiance à l’égard du multilatéralisme. Le départ de l’OMS s’ajoute à la longue liste d’organisations et d’accords internationaux déjà désertés par les États-Unis : Partenariat transpacifique, Accord de Paris sur le climat, UNESCO, Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Sans oublier l’Organisation mondiale du commerce, dont Washington a organisé le blocage systématique depuis 2017.

Accusés de grever les capacités financières et d’entraver la souveraineté nationale du pays, ces régimes internationaux sont autant d’obstacles qu’il convient d’éliminer. « Je ne peux pas permettre que l’argent des contribuables américains continue à financer une organisation [l’OMS] qui, dans l’état actuel des choses, ne sert manifestement pas les intérêts des États-Unis », déclarait ainsi Donald Trump dans son courrier daté du 29 mai.

Les tensions sino-américaines ravivées

Dernier point, mais non des moindres, ce départ de l’OMS prolonge, sur un nouveau terrain, la rivalité géopolitique qui oppose les États-Unis à la Chine. Les reproches exprimés à l’OMS quant à son supposé manque d’indépendance visent bel et bien Pékin – dont l’influence est jugée disproportionnée par rapport à sa contribution financière annuelle (40 millions de dollars annuels contre environ 450 millions pour les États-Unis). Cette décision ravive ainsi les tensions avec la Chine, qui avaient pourtant connu une brève accalmie sur le plan commercial en janvier dernier. Dans un geste d’apaisement, Pékin s’était alors engagé, d’ici deux ans, à accroître de 200 milliards de dollars sa consommation de services et produits manufacturés américains.

Toutefois, étant donné la contraction massive de l’économie mondiale qui se profile, cette perspective apparaît aujourd’hui bien illusoire. Lucide à ce sujet, l’administration américaine estime sans doute ne pas avoir grand-chose à perdre d’une reprise des hostilités avec la Chine. D’où ce regain d’agressivité de la part de Donald Trump, à moins de quatre mois du prochain scrutin présidentiel.

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About Théo TOURNEMILLE

Théo Tournemille est diplômé de l'Université Paris-Dauphine et de l'IEP de Bordeaux. Ses thèmes de prédilection sont la politique étrangère des États-Unis, la question européenne au Royaume-Uni et la géopolitique des matières premières.

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