L’avenir incertain des manifestations en Thaïlande

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Depuis cet été, des manifestations ont régulièrement lieu en Thaïlande. Dans un contexte de ralentissement économique causé par la Covid-19, les étudiants et les défenseurs des droits de l’homme demandent le départ du premier ministre Prayut Chan-o-cha, un changement de Constitution et un régime plus démocratique. Les manifestants inquiètent cette monarchie constitutionnelle instable (12 coups d’États se sont succédé depuis 1932) où les militaires et le roi occupent traditionnellement une place importante.

Les manifestations en Thaïlande : Une réaction à l’autoritarisme du pays

 

manifestations en thailande
Le premier ministre Prayuth Chan-o-cha, au pouvoir depuis le coup d’État de 2014

La situation rappelle celle de Hong-Kong il y a quelques mois. Les manifestations en Thaïlande se succèdent, à Bangkok et dans d’autres villes, depuis mi-juillet. Elles répondent à l’origine à la décision de la Cour constitutionnelle de dissoudre le parti prodémocratie Future forward, sous prétexte d’un emprunt illégal effectué par son co-fondateur. Ce parti extrêmement populaire chez les jeunes Thaïlandais a failli arriver au pouvoir en 2019 avant d’être devancé par le parti de la junte lors d’élections truffées d’irrégularités. Les manifestants ont donc repris ces accusations envers le pouvoir en place et demandent l’organisation de nouvelles élections législatives. La crise économique causée par la Covid-19 a ensuite amplifié ce mouvement de contestation en mettant en évidence les profondes inégalités socio-économiques du pays.

En juin, la disparition de l’activiste Wanchalearm Satsaksit a donné une nouvelle dimension au mouvement. La question du manque de liberté d’expression est désormais soulevée par les manifestants, alors que la Thaïlande est classée 140e pays sur 180 par Reporters sans frontières pour la liberté de la presse. De nombreux rapports internationaux dénoncent les poursuites pénales et le harcèlement envers les internautes qui critiquent le gouvernement. Même ceux qui fuient le pays ne seraient pas en sécurité. Au moins cinq dissidents réfugiés au Laos auraient ainsi disparu depuis l’année dernière. Depuis septembre, les lycéens se joignent également aux manifestations sous le nom de « Bad students ». Ils dénoncent l’archaïsme et l’autoritarisme du système éducatif selon eux nuisibles aux droits humains et à l’esprit critique.

Une demande de réformes importantes

De manière plus exceptionnelle, les manifestants contestent désormais également la place de la monarchie, incompatible selon eux avec la démocratie. Alors qu’elle est censée être constitutionnelle (depuis 1932) et que la famille royale ne doit pas se mêler des affaires politiques, la réalité est très différente. Le roi Rama X, monté sur le trône en 2016, soutient ouvertement le parti de la junte. Il a également supprimé certains amendements qui limitaient ses pouvoirs et a pris le contrôle de plusieurs sections de l’armée. Quiconque critique la famille royale risque plusieurs années de prison selon une loi de lèse-majesté des plus sévères au monde. Même si beaucoup de Thaïlandais éprouvent du respect pour la famille royale, la situation a changé ces dernières années. Contrairement à son père, Rama X est connu pour ses nombreuses frasques, ce qui a affaibli son image de monarque.

De nombreux manifestants réclament une réforme de la monarchie, voire parfois remettent en question sa raison d’être. Ils demandent notamment que le roi cesse d’intervenir en politique et exigent la séparation entre pouvoir royal et militaires. Ils souhaitent aussi la fin de la propagande royale et l’ouverture d’enquêtes sur la disparition des dissidents. Enfin, ils réclament une réforme de la Constitution promulguée par la junte lors du coup d’État de 2014.

Au regard de l’histoire mouvementée du pays, il est possible que les autorités répriment ces manifestations par la force. En 2010, les manifestations des « chemises rouges* » s’étaient soldées par la mort de 91 personnes. Pour l’instant, le pouvoir se limite à censurer les critiques sur les réseaux sociaux et à arrêter certains leaders de la manifestation. Le 24 septembre, le parlement a retardé la possibilité d’amender la constitution en votant la formation d’un comité chargé d’étudier les différentes possibilités de réformes. Ce processus devrait prendre au moins un mois. D’ici là, il est impossible de prévoir quel tournant prendra la contestation populaire.

 

* Les supporters de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra

 

 

 

 

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Clara SCHLECK

Clara Schleck étudie l'histoire à l'université Panthéon-Sorbonne, après deux années de classe préparatoire littéraire au lycée Janson de Sailly.

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