La politique étrangère des Etats-Unis : le repli vers l'isolationnisme ? - Les Yeux du Monde

La politique étrangère des Etats-Unis : le repli vers l’isolationnisme ?

L'”hyperpuissance” comme la nommait l’ex-ministre des affaires étrangères Hubert Védrine semble en cumuler tous les attributs. Néanmoins, elle semble depuis ces dernières années être de moins en moins mobilisée, surtout comparée à la période post-11 septembre. Un retour vers l’isolationnisme ?

Est-il encore besoin de rappeler l’étendue de la puissance des États-Unis ? Leur population est la troisième plus importante au monde (320 millions) et, du fait d’une immigration soutenue, est amenée à conserver son dynamisme pour les décennies à venir. Son économie est la plus importante au monde, totalisant un PIB de 15.684 milliards de dollars. Enfin, le dollar est dominant dans le système monétaire international et reste la plus utilisée dans les transactions de change, comme monnaie de facturation ou bien encore de réserve. Ceci permet aux États-Unis, entre bien d’autres facteurs, de financer leur déficit budgétaire et commercial, malgré les montants que ceux-ci atteignent. Au final, cette suprématie économique s’accompagne de dépenses d’armement équivalant  à 682 milliards de dollars (soit 40% des 1750 milliards de dollars de dépenses mondiales en 2012) et, conséquemment, d’une armée à la fois massive et bien équipée : quelques dix porte-avions en service, plus de 5.000 têtes nucléaires..

Malgré cette avance acquise et perpétuée sur les autres États, la puissance américaine apparaît quelque peu fragilisée du fait des récents événements. On a pu penser, à la suite de l’élection de Barack Obama en 2008, que le rôle et l’attitude des États-Unis sur la scène mondiale allait être changée. Au lieu d’un interventionnisme très poussé devait être développé une politique plus soucieuse d’inclure les autres partenaires (multilatéralisme) voire d’éviter l’engagement (isolationnisme).

Or c’est plus à une véritable “politique extérieure furtive” (Serge Sur) qu’à un repli isolationniste qu’on a assisté. L’adjectif “furtif” recouvre ici trois acceptions. Furtif au sens premier du terme, vu qu’aussi bien les ennemis affichés des États-Unis que leurs proches alliés furent espionnés massivement par la National Security Agency et son programme PRISM. Furtif au sens de “discret”, vu les nouvelles doctrines et dispositifs utilisés par l’administration Obama. Sans parler de l’usage des drones sur la péninsule arabique ou dans la zone AfPak, les interventions militaires ont souvent respecté la formule “leading from behind”, comme se fut le cas en Libye où les pays en première ligne furent le Royaume-Uni et la France. Enfin furtif dans le sens où la politique extérieure ne serait plus le fait d’interventions mais de menaces d’intervention afin de parvenir à ses fins. Le procédé n’a rien de nouveau mais son usage semble s’être multiplié très récemment, dénommé “light footprint”.

Ainsi fut-ce le cas pour la négociation autour du nucléaire iranien, de la guerre civile syrienne dans un sens ainsi que, plus généralement, du pivot vers l’Asie.

Élaboré par Kurt Campbell (secrétaire d’État adjoint pour l’Asie de l’Est et le Pacifique), le pivot consiste en un rééquilibrage des dispositifs militaires dans la région du Pacifique. 60% des forces navales devraient ainsi stationner dans la zone contre 40% aujourd’hui.

Visant à s’opposer aux ambitions chinoises de domination régionale (comme on le voit actuellement sur la zone de défense aérienne chinoise, englobant les îles contestées Diaoyu-Senkaku), un tel rééquilibrage est sensé exercer une certaine pression sur la Chine sur divers sujets qui fâchent : Corée du nord, réévaluation du Yuan, piratage informatique…

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