La cyberguerre et le cyberespace : de la course à la technologie à l'intervention des États - Les Yeux du Monde

La cyberguerre et le cyberespace : de la course à la technologie à l’intervention des États

Si la cyberguerre faisait encore rêver les fans de science-fiction il y a quelques années, elle représente aujourd’hui un risque bien réel. Le cyberespace est devenu un terrain stratégique où les gouvernements peuvent exercer leur influence. Les possibilités sont multiples : du vol d’information au blocage des administrations, de l’influence d’élections à la destruction d’infrastructures. La mondialisation des systèmes d’information implique donc leur sécurisation.

Une définition de la cyberguerre pour des actions concrètes

L’OTAN planche actuellement sur une définition de la cyberguerre. Au-delà de la sémantique, ce qui intéresse les pays membres, c’est de mieux appréhender les enjeux du concept. Quelles actions pourraient être considérées comme des casus belli et justifier l’invocation de l’article 5 du traité de l’alliance, celui de la défense collective ? L’OTAN reconnaît déjà le cyberespace comme un domaine opérationnel et considère que le droit international y est applicable.

Une course à la cyberdéfense

L’Iran en avait fait l’expérience en 2010 lorsqu’un ver, Stuxnet[1], s’était attaqué à des centrifugeuses d’enrichissement d’uranium. Plus récemment, ce sont les États-Unis et l’Allemagne qui ont essuyé une ingérence de la part de hackers russes dans leurs élections. Une cyberattaque a également visé les Jeux Olympiques d’hiver 2018 en Corée du Sud. Les signaux ne peuvent pas être plus clairs. La France a recensé pas moins de 700 « événements » en 2017, allant de l’incident à la cyberattaque. Non seulement l’investissement dans la cyberdéfense est indispensable, mais la course est déjà lancée. En France, la cyberdéfense est inscrite comme priorité pour la défense nationale depuis 2013, et le récent tournant vers le développement de l’intelligence artificielle n’y est pas étranger.

Le dernier exemple en date, la rivalité Chine/Etats-Unis

Le 12 mars 2018, l’administration de Donald Trump a bloqué l’offre de rachat d’une entreprise américaine de technologie sans fil, Qualcomm, par un concurrent basé à Singapour, Broadcom. La crainte de Donald Trump est que les Chinois ne deviennent leaders dans la fourniture de matériel pour les réseaux 5G après un abandon par Broadcom de ses investissements dans le secteur. L’entreprise Huawei obtiendrait alors une position dominante, ce que les Américains considèrent comme un risque pour leur sécurité nationale.  Le rachat a donc été interdit par décret présidentiel. La course au positionnement dans le cyberespace et la cyberdéfense impliquent donc une intervention accrue des États dans les secteurs sensibles des technologies de l’information.

Si Sun Tzu nous expliquait dans l‘Art de la guerre, qu’« un grand général construit sa victoire sur la connaissance de l’ennemi et tient un compte précis de la nature du terrain », il est aujourd’hui nécessaire d’extrapoler cette doctrine et de l’appliquer au terrain du cyberespace.

[1] Un ver informatique est un logiciel malveillant qui se reproduit sur plusieurs ordinateurs en utilisant un réseau informatique comme Internet.

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