Réfugiés rohingyas : la crise inachevée

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Des réfugiés rohingyas traversent la frontière entre la Birmanie (Myanmar) et le Bangladesh

Le rapport statistique annuel du HCR Tendances mondiales publié le 18 juin souligne que 85% des réfugiés se trouvent dans des pays en développement. C’est le cas des réfugiés rohingyas, une minorité musulmane de l’ouest de la Birmanie, qui sont près d’un million à s’être réfugié dans les Etats voisins pour échapper aux violences qu’ils subissent dans leur pays d’origine. En majorité installés dans des camps de réfugiés au Bangladesh, la poursuite des persécutions rend leur retour impossible et leur avenir incertain.

Une crise récente, des racines anciennes

L’émigration des Rohingyas n’est pas un phénomène nouveau. Les Rohingyas sont originaires de l’Etat de Rakhine – à côté du Bangladesh – où ils forment un tiers de la population. Leur émigration vers les pays voisins commence dès le XXe siècle, en raison des discriminations et des violences qu’ils subissent au Myanmar. Ils deviennent notamment apatrides en 1982, avec la publication de lois qui les considèrent comme des immigrants bangladais.

C’est cependant à partir de 2012 puis de 2017 que leurs départs massifs donnent naissance à une crise migratoire. En 2012, les violences intercommunautaires s’intensifient. L’Etat de Rakhine réduit alors les libertés des Rohingyas et devient « une prison à ciel ouvert » selon Amnesty International. Cinq ans plus tard un groupe armé rohingya se révolte pour la première fois et attaque les forces de l’ordre. La répression est menée contre l’ensemble des Rohingyas et l’on estime que 6700 civils sont tués par l’armée. Cela entraîne une migration sans précédent des Rohingyas vers les pays voisins, dont plus de 700 000 personnes au Bangladesh.

La méfiance des pays hôtes et ses conséquences humanitaires pour les réfugiés rohingyas

Le rejet de ces migrants a alors donné lieu à une crise humanitaire en Asie du Sud-Est. Les réfugiés rohingyas se dirigent vers l’Indonésie, le sud de la Thaïlande et la Malaisie – trois régions à majorité musulmane – par voie maritime. Transportés par des passeurs mafieux qu’ils paient jusqu’à 2000$, ils subissent des violences lors de la traversée et sont parfois abandonnés en pleine mer. Les pays d’Asie du Sud-Est, peu désireux de les accueillir, ordonnent à la garde-côtière de dérouter les embarcations qui s’approchent des côtes vers les pays voisins ou de les envoyer dans les eaux internationales. Dans ces conditions, de nombreux réfugiés meurent en mer de faim et de fatigue.

Le Bangladesh est quant à lui une destination qui offre peu de possibilités aux 855 000 réfugiés réunis dans des camps. Le pays considère en effet qu’ils pourront bientôt rentrer au Myanmar. Cela le conduit à privilégier une aide humanitaire d’urgence efficace sur le court terme. Les réfugiés rohingyas n’ont cependant pas accès à des logements durables, au travail et à l’éducation, et les conditions de vie sont difficiles. La densité de population à Cox’s Bazar, le camp le plus important, est de 40 000 habitants par km2. Le pays craint également que les camps ne deviennent des foyers instables de militants et d’extrémistes. Cela se traduit par exemple par son projet de relocalisation de 100 000 réfugiés sur une île déserte (et submersible).

 Quelle perspective pour les réfugiés rohingyas aujourd’hui ?

Le retour des réfugiés au Myanmar est impossible tant que les persécutions continuent, et aucun d’entre eux n’a accepté la proposition de rapatriement du gouvernement birman faite en 2017. Or la chef de gouvernement Aung San Suu Kyi agit peu pour améliorer le sort des Rohingyas en raison de sa position fragile face à l’armée birmane – acteur qui conduit les exactions. La communauté internationale est quant à elle démunie face à la situation. Des sanctions économiques contre un gouvernement impuissant seraient inutiles. Celles mises en place par les Etats-Unis à l’encontre des hauts-gradés de l’armée semblent peu efficaces.

Plusieurs autres solutions ont été avancées par certains think tanks : l’une pourrait être l’intégration des réfugiés rohingyas au sein des communautés hôtes, en particulier au Bangladesh. En raison des faibles moyens du pays, cela ne pourrait se faire qu’avec l’aide internationale. Elle permettrait un accès aux soins, au travail et à l’éducation (70% des Rohingyas sont analphabètes). L’autre solution serait la réinstallation des réfugiés rohingyas dans certains pays développés (Canada, Nouvelle-Zélande, Japon…) et dans les pays du Golfe. Cela devrait alors se faire sous la coordination du HCR.

Sources :

A Sustainable Policy for Rohingya Refugees in Bangladesh, The International Crisis Group, 27 décembre 2019

Brian Gorlick, Repenser les solutions à la crise des réfugiés rohingyas, Open Global Rights, 19 décembre 2019

Olivier Guillard, Birmanie : retour des sanctions américaines ?, IRIS, 19 juillet 2019

Martin Michalon, Comment (vraiment) comprendre la crise « rohingya » ?, Diploweb, 4 février 2018

Alice Hérait et Luc Chasseriaud, La crise des Rohingyas en 10 questions, Asialyst, 20 septembre 2017

Martin Michalon, Religions, politique et espace(s) : « la question rohingya » en Birmanie (Myanmar), Géoconfluences, 18 octobre 2016

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Clara SCHLECK

Clara Schleck étudie l'histoire à l'université Panthéon-Sorbonne, après deux années de classe préparatoire littéraire au lycée Janson de Sailly.

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