Inde: un temple hindou pour une nation hindoue

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Le 5 août, le premier ministre indien Narendra Modi a lancé la construction d’un temple hindou dédié au dieu Ram. Il sera construit dans la ville d’Ayodhya, à l’endroit même où se trouvait une mosquée détruite par des fondamentalistes hindous en 1992. Défendu comme un symbole de l’identité millénaire de l’Inde, le nouveau temple est en réalité une étape de plus vers l’hindouisation du pays.

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Le futur temple de Rama ou Ram (Ram mandir) à Ayodhya

Un terrain au centre d’une violente controverse entre hindous et musulmans

Hindous et musulmans se disputent le terrain du futur temple d’Ayodhya en raison de sa forte valeur religieuse. Ayodhya est une cité antique fondée selon les hindous par Manu, le premier humain. Il s’agit également selon eux de la ville de naissance du roi Rama, avatar du dieu Vishnou. En 1527, une mosquée y est construite par l’empereur moghol et musulman Babur. Cependant, une polémique enfle dans les années 1980 : la mosquée aurait été construite sur un temple hindou dédié à Rama. Le BJP, parti nationaliste hindou, instrumentalise alors le débat et réclame la (re)construction du temple de Rama à la place de la mosquée. Ses militants galvanisés finissent par la prendre d’assaut et la détruire en décembre 1992. Les mois suivants, les violences entre hindous et musulmans font plus de 2000 morts.

En 2010, la haute cour de l’Uttar Pradesh propose une partition du terrain entre hindous et musulmans. Les plaignants refusent cette proposition et portent l’affaire devant la Cour suprême indienne. Celle-ci prononce son verdict en novembre 2019. Tout en reconnaissant le tort fait aux musulmans, elle autorise la construction d’un temple à Rama sur le lieu de l’ancienne mosquée en raison de la préexistence (encore aujourd’hui contestée) d’un bâtiment hindou. Elle donne cependant la possibilité aux musulmans de construire un nouveau lieu de culte sur un terrain proche. Il s’agit d’une victoire politique pour Modi qui a participé à la cérémonie religieuse marquant le début de la construction.

La construction du temple hindou : une nouvelle victoire pour le nationalisme hindou ?

Quelles conséquences la construction de ce temple va-t-elle avoir sur les relations entre hindous et musulmans ? Aucune, selon ceux qui soutiennent le projet. Celui-ci est en accord avec l’Etat de droit puisqu’il s’agit d’une décision de la Cour suprême. Il ne contredit pas non plus la laïcité en vigueur en Inde. Les nationalistes hindous soulignent en effet que le nouveau temple vient d’abord tracer un lien entre l’Inde des origines et le présent et servira de facteur d’unification.

L’historienne Mridula Mukherjee affirme même que la construction du temple aura pour effet de protéger la minorité musulmane. Elle calmera les nationalistes hindous concentrés depuis des décennies sur cette question, alors qu’une reconstruction de la mosquée aurait aliéné davantage les musulmans. La condamnation de la destruction de la mosquée par la Cour suprême au nom de la loi « Place of Worship Act » préviendra d’autres incidents du même genre. Elle montre aussi que la construction du temple ne remet pas en question la criminalité de ces actes.

Néanmoins, ces arguments ne semblent pas tenir compte du contexte dans lequel a lieu cette construction. Ces dernières années, le BJP au pouvoir a marginalisé la communauté musulmane. Le 5 août 2019, l’Inde révoquait ainsi le statut de semi-autonomie du Jammu-et-Cachemire, un Etat à majorité musulmane. La cérémonie de la construction du temple de Rama organisée exactement une année plus tard peut alors être vue comme un message de Modi (réélu en 2019) soulignant le succès de son agenda. La construction du temple de Rama s’inscrit en effet dans le programme du BJP de redéfinition de l’identité indienne. A la nation multiculturelle fondée sur le désir de vivre ensemble, il oppose l’Inde comme uniquement définie par la culture hindoue « originelle » à laquelle les minorités doivent se soumettre. L’unité d’une telle nation ne peut alors trouver son expression que dans la reconstruction d’un temple hindou supposément millénaire. La mosquée, elle, n’était pas indienne mais musulmane.

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Clara SCHLECK

Clara Schleck étudie l'histoire à l'université Panthéon-Sorbonne, après deux années de classe préparatoire littéraire au lycée Janson de Sailly.

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