Brésil : Lula, officiellement candidat

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À quatre mois de la prochaine élection présidentielle, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva a officialisé sa candidature. D’abord estimé largement gagnant au suffrage, l’écart n’est désormais plus que de cinq points avec son opposant l’actuel président Jair Bolsonaro. État des lieux pour le candidat Lula.

Reconstruire le parti

Fondateur historique du parti des travailleurs (PT), Lula a été élu une première fois en 2002, puis réélu en 2006. Rétrospectivement, cette époque semble représenter un âge d’or tant les avancées sociales ont été fortes. Marqué par d’importantes dépenses publiques et une forte croissance économique (une moyenne de 4.5% durant sa présidence), le pays a su profiter de l’explosion du prix de ses hydrocarbures. Un des plus grands progrès reste le programme « Bolsa familia », une allocation mensuelle versée à des millions de foyers en échange d’une garantie de scolarisation et de soins. Pourtant, le gouvernement Lula a aussi été critiqué par l’opinion publique pour son manque de réformes structurelles.

En 2010, fort de ses deux mandats, il impose Dilma Rousseff à la succession de la présidence. En 2010, elle est première femme élue à la tête du pays. Elle ne reste pas moins une technocrate alors encore inconnue du peuple brésilien. Mais souillée par une série d’échecs successifs et une importante affaire de corruption : « lava jato », une crise de confiance s’installe. La présidence, le parti, mais aussi bon nombre de ses dirigeants et personnalités sont condamnés. Après plus d’un an de prison Lula doit redorer l’image du PT mais aussi la sienne, écorchée au fil des divers procès et accusations.

Fort de ses 2,2 millions d’adhérents, le mouvement doit continuer à unir. C’est dans cette optique que s’alliaient en avril dernier le parti socialiste brésilien (PSB) et le PT. Lula se voit alors doté d’une base électorale plus libérale, et du soutien de son nouveau colistier, ancien opposant Geroldo Alckim, gouverneur de Sao Paulo. Une dynamique de confrontation s’installe mécaniquement face au président sortant Jair Bolsonaro, dors et déjà vu comme opposant naturel du second tour.

Fin du nationalisme, retour au patriotisme ?

Lula reçu par le Chancelier allemand, novembre 2021

La politique brésilienne s’est isolée de la scène internationale depuis l’arrivée de l’administration Bolsonaro. Depuis plusieurs années, les relations avec le partenaire américain ne cessent de se détériorer, et l’Union européenne ne fait plus partie des interlocuteurs de choix. Pourtant, si l’économie émergente du Brésil est toujours vérifiée, sa crédibilité diplomatique n’est plus unanime.

Ayant retrouvé ses droits politiques, Lula à lui décidé d’un retour sur le plan transnational. Une politique censée appuyer un message d’ouverture, et une volonté de sortir de l’isolationnisme de son prédécesseur. D’abord reçu avec les honneurs en novembre à Bruxelles, puis en Allemagne, en Espagne et à l’Elysée, il tend à asseoir un caractère d’ « élu d’office » au yeux des européens. Il porte son programme sur la table des dirigeants et sensibilise les jeunes élites à sa ligne politique : « C’est le peuple brésilien qui va pouvoir destituer démocratiquement Bolosnaro. Ça suffit, basta. Ce pays mérite mieux », a t’il annoncé devant les étudiants de Sciences Po Paris.

Le candidat a pour autant créé la surprise lorsqu’il s’est exprimé à la presse sur le conflit russo-ukrainien. Il affirme que Volodymyr Zelensky est « aussi responsable » que Vladmir Poutine et juge son comportement « bizarre » : « On dirait qu’il fait partie d’un spectacle. Il est à la télé matin, midi et soir ». On ne peut pour le moment se prononcer sur le rôle que jouera le Brésil dans le conflit russo-ukrainien. Cette réaction, à contre-courant des positions occidentales témoigne de la stratégie du candidat. Lula préfère convaincre ses partenaires, refuse de trancher et joue la carte d’une diplomatie « caméléon ». Dire ce que chacun veut entendre et jouer le jeu d’une ouverture sans défauts après la politique isolationniste du précédent gouvernement.

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Clément BECKER

Diplômé en économie, étudiant en administration publique. Mon intérêt porte sur l'actualité sud-américaine.

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