Vénézuéla : comment sortir de la crise inflationniste ?

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Anciennement pays le plus riche d’Amérique du Sud, le Venezuela connait depuis 2016 une crise économique sans précédent. Le niveau général des prix n’a cessé d’augmenter, transformant alors l’inflation déjà présente, en phénomène d’hyperinflation. Une situation excessive et incontrôlable pour l’économie nationale qui peine à retrouver la confiance de ses partenaires commerciaux. Quelles en sont les causes et conséquences, quelles solutions apporter à la crise ?

Nicolás Maduro et la fin des politiques sociales

Depuis 2014, le Venezuela connait une crise entrainant l’exode de plus de six millions de Vénézuéliens. Pour comprendre le phénomène il faut remonter 15 ans en arrière. Le pays était le plus riche d’Amérique latine, détenteur des plus importantes réserves de pétrole au monde. En ces temps, la situation politique est instable.

Afin de mieux se faire réélire le Président Hugo Chavez promet la mise en œuvre de nouveaux programmes sociaux : les « Misiones ». Celles-ci promeuvent l’accès abordable aux soins et à l’alimentaire, notamment dans les bidonvilles où l’on voit la venue de médecins cubains, ainsi que le redoublement des efforts d’alphabétisation et d’enseignement de niveau secondaire. L’effet politique est immédiat et H.Chavez est réélu en 2004 avec 59% des voix. Les conditions économiques s’améliorent drastiquement et la pauvreté recule de 20% en quelques années. Cependant, ces politiques ont toutes été financées par les revenus de PDVSA, l’entreprise pétrolière nationale. Le cours élevé des hydrocarbures représente alors 50% des recettes budgétaires du pays et 85% de ses exportations.

En mars 2013 H.Chavez meurt. Nicolas Máduro, le Président nouvellement élu, tente de maintenir les politiques sociales de son prédécesseur. Cependant, la chute des cours du pétrole démarrée la même année (-70% entre 2013 et 2016) a fait chuter les revenus de l’Etat et émerger une crise économique. D’abord sous estimée, puis mal gérée, la crise a fait perdurer un phénomène d’hyperinflation comparable à celle du Zimbabwe des années 2000.

Les Vénézuéliens, des millionnaires sous le seuil de pauvreté

Les effets sont rapides et signifiants. Lors d’une crise, la façon dont se comporte la population est cruciale dans le processus de formation de l’hyperinflation. Le bolivar vénézuélien ne représente plus une garantie de réserve de valeur crédible et perd très vite la confiance de ses détenteurs. La population voit baisser son pouvoir d’achat.  En 2013, 1 dollar vaut 6.30 bolivars. En 2018 l’inflation atteint le record mondial de 100.000%, 1 dollar sera l’égal de 4.010.000 bolivars. La qualité de vie chute drastiquement. Parallèlement, le salaire moyen diminue et le taux de chômage augmente, atteignant 54% sur l’année 2020.

L’accès aux biens de première nécessité se complexifie, les pénuries se multiplient et la société se précarise : 94% des ménages vivent sous le seuil de pauvreté. Les échanges de biens et services se font alors en dollar américain, qui se prévaut d’une valeur stable et reconnue. Le PIB national aura chuté de plus 80% en 10 ans et les sanctions américaines détériorent l’accès du territoire aux marchés financiers. Depuis 2019, s’ajoute à la crise monétaire une crise de légitimité politique.

Politiques de sortie de crise

L’hyperinflation rendant les denrées essentielles inaccessibles pour certaines familles, le gouvernement vénézuélien décida d’abord d’une augmentation salariale. Mais celle-ci, augmentant infiniment moins vite que la hausse des prix, resta le symbole d’une politique édulcorée. Pour cause, cette hausse de la rémunération plombe encore un peu plus les finances des entreprises, déjà mises en difficulté. Plusieurs autres solutions ont alors été mises en œuvre par la Banque Centrale du pays.

La première a été d’imprimer des billets, ce qui a drastiquement augmenté leur valeur. Apparait donc dès 2016 le billet de 100, 500 et 1000 bolivars. L’inflation ne cessant de progresser, c’est en 2021 les billets de 200.000, 500.000 et 1 million de bolivars qui voient le jour afin de répondre aux besoins du territoire. En 2018, un changement de devise est décidé, le bolivar souverain (Bs.S) remplace le bolivar fort (BsF.) au taux de 1 pour 100.000. Devant le manque d’efficacité des nouvelles coupures, c’est le Bolivar numérique qui assure les échanges, dévalué lui, de six nouveaux zéros. Depuis 2008, c’est en tout quatorze zéros qui ont été supprimés des différents billets.

Une autre solution a été l’introduction du petro, la nouvelle cryptomonnaie nationale. Celle-ci se voit adossée aux réserves de pétrole et de minerais du pays. Initialement prévue pour contourner les sanctions américaines et européennes, et représenter un nouveau moyen de paiement d’envergure internationale.  Cependant, par manque de transparence de la part de la Banque Centrale et de confiance des investisseurs, la crypto « made in Caracas » peine à se faire une place crédible sur le marché des cryptoactifs.

Une tendance à l’amélioration

Depuis quelques mois, la tendance n’est pas encore à la baisse, mais bien au ralentissement de la hausse des prix. Peut-être parce que la « dollarisation » de l’économie a été facilité par le gouvernement, autorisant la circulation du billet vert, par l’assouplissement des taux de change. Cela a pu faire disparaitre l’écart entre le taux officiel et celui présent sur le marché noir. Même si l’amélioration ne serait pas toujours perçue par les ménages, le dollar se stabilise dans une fourchette de 4 à 5 bolivars. L’amélioration reste fragile, et les efforts, nécessaires, dans la recherche de solutions durables. Le pays peut maintenant continuer de croire en une sortie de crise, promesse de jours meilleurs.

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Clément BECKER

Diplômé en économie, étudiant en administration publique. Mon intérêt porte sur l'actualité sud-américaine.

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