La Russie, première puissance européenne en 2050 ?

Shares

C’est une information sortie au début du mois de février 2017, par le cabinet d’audit américain PricewaterhouseCoopers. Il s’agit du classement des économies les plus importantes de la planète en 2050. Outre le passage de l’Inde devant les États-Unis, la Russie serait, étonnamment, la première puissance économique européenne (1). Malgré les nombreux défauts liés à la démarche prospective, il est intéressant d’évaluer les raisons pour lesquelles la Russie pourrait devenir une puissance économique supérieure à ses voisins européens.

© Flickr

Depuis le début du troisième mandat de Vladimir Poutine, la Russie connait une situation économique très compliquée. La faute en partie à une crise économique structurelle, aux sanctions européennes liées au conflit ukrainien et à la chute des prix du pétrole. La récession russe ayant été à son paroxysme au second trimestre 2015 avec une chute de 4,6% du PIB. L’un des problèmes majeurs de l’économie russe, ces dix dernières années, était son manque d’attractivité. Un manque causé par l’omniprésence du Kremlin dans le milieu des affaires. Ainsi le cas Ioukos et l’arrestation de « l’oligarque » Mikhaïl Khodorkovski en 2003, symbolisa la prédominance du politique sur les questions économiques. Une spécificité russe qui a largement contribué à la limitation des investissements occidentaux. Cependant, la Russie pourrait demain retourner cette situation à son avantage du côté de l’Asie. Et cette question de l’investissement sera une des clés de la reprise économique russe.

Un tournant asiatique

Le tournant de l’économie russe vers la modernisation pourrait ainsi se faire du côté de Vladivostok avec un axe Russie-Chine-Inde. Un concept évoqué dès la fin des années 90 par l’ancien premier ministre Evgueni Primakov, qui déjà à l’époque, y voyait un moyen de suppléer l’adversité politique européenne, au moment de la guerre du Kosovo. Une vision à laquelle on peut donner raison aujourd’hui, mais dans un objectif économique. En effet, si l’on regarde le classement de PricewaterhouseCoopers pour 2050, deux continents dominent le top 8 : L’Asie (Chine, Inde, Indonésie, Russie, Japon) et l’Amérique (États-Unis, Brésil, Mexique). Une dynamique qui pourrait inciter la Russie a modifier son pôle d’attraction économique.

Ainsi la Russie, dopée par les économies asiatiques, pourrait passer devant les autres européens, Allemands, Britanniques et Français. Une inconnue majeure existe cependant, quel rôle aura la Russie face à ces géants ? Aujourd’hui la Russie occupe une place de « cerveau technologique » de l’Inde et de la Chine, mais ces derniers rattrapent leur retard et il y a fort à parier que ce ne sera plus le cas dans 30 ans. Enfin à ces questions se rajoutent le caractère prospectif de l’étude de PricewaterhouseCoopers et les obstacles inhérents à cette démarche, à savoir les obstacles de circonstance, les obstacles épistémologiques et la pauvreté de notre imaginaire (2).

(1) L’Union Européenne dans sa globalité resterait devant la Russie.

(2) L. Guimbert, La prospective : pour un retour aux fondamentaux, Management prospective Ed, 2004

 

Shares

Fabien HERBERT

Fabien Herbert est Président des Yeux Du Monde et rédacteur géopolitique pour l'association depuis mars 2016. Formé à l’Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s’intéresse notamment au monde russophone, au Moyen-Orient et à l'Asie du Nord-Est.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *