Alexei Navalny : l’embarrassant problème du Kremlin

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L’opposant politique russe Alexei Navalny a été condamné le 2 février à trois ans et demi de prison. Il a été reconnu coupable d’avoir violé son contrôle judiciaire (alors qu’il était dans le coma) ; lors de sa condamnation pour détournement de fonds. De nouvelles protestations de grande ampleur sont déjà prévues dans toute la Russie. 

Navalny Poutine Russie
Alexei Navalny, opposant politique russe.

Un empoisonnement raté 

Navalny a été empoisonné le 20 août 2020 en Russie puis hospitalisé en Allemagne. L’agent neurologique, le Novichok, avait déjà été utilisé contre l’ancien espion russe Sergei Skripal au Royaume-Uni en 2018. Navalny, quant à lui, a survécu et est rentré à Moscou le 17 janvier ; pour être immédiatement arrêté par les autorités russes à l’aéroport. À la suite de son arrestation, plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont descendus protester dans plusieurs villes en Russie.

Pourquoi est-il retourné dans son pays ? Alexei Navalny a fait face à un dilemme : rester en Russie et risquer de perdre sa liberté, voir sa vie, comme Anna Politkovskaya et Boris Nemtsov ; ou s’exiler pour librement critiquer le gouvernement mais ainsi risquer de perdre sa crédibilité politique, à l’instar de Mikhail Khodorkovsky.

Le Kremlin, nie toujours son implication dans cette tentative d’assassinat. Il prétend que Navalny n’est pas une figure de l’opposition ; mais un agent des services de renseignement étrangers envoyé pour promouvoir un changement de régime. Or, récemment, la Bellingcat Investigation Team a révélé le rôle du FSB (ex KGB) dans la tentative d’empoisonnement. 

 

Un dilemme pour Moscou 

Ces manifestations en faveur de Alexei Navalny ont attiré l’attention sur la Russie, à quelques mois des élections parlementaires. Ces protestations sont d’une rare ampleur depuis l’accession au pouvoir de Poutine voici 21 ans. Cette crise serait-elle le signe d’un déclin du pouvoir russe ? À première vue, l’arrestation de l’opposant – reconnu pour son engagement contre la corruption et soutenu par l’Union européenne, dès son retour à Moscou, semble être une decision peu stratégique. Cet évènement a provoqué une nouvelle vague de protestation ; transformant un opposant politique embarrassant en une figure de premier plan de l’opposition russe. 

Face aux opposants trop dérangeants, les autorités russes ont toujours rencontré le même dilemme : une arrestation au risque d’en faire un martyr, ou faire preuve d’indulgence, au risque de paraître faible. Jusqu’à présent, tout ce que le Kremlin a fait pour tenter de contrecarrer Navalny n’a fait que le rendre plus populaire. 

 

À l’aube d’une crise politique majeure ?   

Ces événements ont propulsé Alexei Navalny au devant de la scène de l’opposition russe, et lui ont donné une visibilité médiatique mondiale. Cependant, ces protestations ont bénéficié d’une base de soutien plus large que les protestations libérales habituelles et celles des partisans traditionnels de l’activiste. Il s’agit moins d’un soutien personnel à Navalny que de la colère du peuple. Ces protestations seraient plus le reflet d’un sentiment d’exaspération croissant, déjà présent dans la société russe depuis plusieurs années. Est-ce le réveil de la conscience démocratique du peuple russe ?

Depuis 2016, on observe un changement dans l’état d’esprit et les attentes des russes concernant la demande de réformes politiques et économiques. Certains membres de l’élite russe craignent, à juste titre, que le traitement réservé par le Kremlin à Navalny ne finisse par être encore plus dangereux pour la stabilité du régime que Navalny lui-même. En août 2019, Sergei Chemezov, le PDG de l’entreprise Rostec, a critiqué les autorités pour ne pas avoir permis aux véritables membres de l’opposition politique de se présenter aux élections. Ces manifestations en Russie rappellent fortement les troubles qui se déroulent actuellement contre le régime biélorusse. 

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Mathilde FAYET

Mathilde Fayet est diplômée du Master international "Politics and Economy in Eurasia" du MGIMO (Institut d'État des Relations internationales de Moscou). Elle est passionnée par la géopolitique de l'espace post-soviétique et du Moyen-Orient.

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