Vers un tournant dans la diplomatie canadienne ?

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Justin Trudeau (Parti Libéral), le Premier Minisitre Stephen Harper (Parti Conservateur) et Thomas Muclair (Nouveau Parti Démocratique) lors d'un débat sur la politique étrangère canadienne
Justin Trudeau (Parti Libéral), le Premier Minisitre Stephen Harper (Parti Conservateur) et Thomas Muclair (Nouveau Parti Démocratique) lors d’un débat sur la politique étrangère canadienne

Les élections fédérales générales canadiennes ont porté au pouvoir Justin Trudeau (Parti libéral), fils du Premier ministre Pierre Elliot Trudeau. La large victoire des libéraux (40% des voix soit 185 sièges sur 338 contre 19% des voix en 2011) confère au nouveau Premier ministre la majorité absolue, et ainsi une marge de manœuvre certaine afin de mettre en œuvre son programme. Alors que le Premier Ministre sortant Stephen Harper avait été réélu en 2011 grâce à un bilan économique positif, la récession que connait le pays, notamment en lien avec la baisse des cours du pétrole ont permis au candidat libéral d’être perçu comme une réelle alternative.

Au niveau international, Justin Trudeau a particulièrement insisté lors de sa campagne sur sa volonté de faire revenir le Canada sur la scène internationale. Le pays est en effet apparu particulièrement en retrait ces dernières années sur les grandes questions diplomatiques. Le gouvernement Harper s’est illustré par son suivisme de la politique étrangère américaine et un manque de stratégie claire vis-à-vis des pays émergents. De plus, la décision de sortir du protocole de Kyoto en 2011, accompagnée du renforcement de l’exploitation pétrolière des sables bitumeux, a fortement remis en cause l’engagement du pays dans la lutte contre le changement climatique du pays.

Le Canada dispose d’atouts notables : 3ème réserve et 6ème producteur mondiale de pétrole,1er exportateur mondial d’uranium, grand producteur de matière agricoles. Sa proximité avec les Etats-Unis constitue également un atout économique, le Canada recevant de nombreux investissements directs étrangers de la part de la 1ère puissance mondiale. Malgré ces différents atouts, il demeure une puissance moyenne. S’il s’est illustré par le passé par son rôle actif sur les questions humanitaires et de développement, les orientations récentes de la diplomatie canadienne ont écorné cette position. Les nouveaux dirigeants du pays semblent ainsi vouloir rompre avec cette image de pays néoconservateur et peu actif afin de redonner au Canada une place de choix dans les relations internationales.

Une redéfinition du rôle du Canada sur la scène internationale

Afin de relancer une diplomatie prudente, le nouveau Premier ministre a fait part de son désir d’un retour au multilatéralisme. Il entend ainsi participer activement aux prochains rendez-vous internationaux (G20, APEC, COP 21) jouer un rôle concret au sein des organisations internationales (participation accrue aux opérations de maintien de la paix de l’ONU par exemple).  Le Premier ministre désire également redéfinir l’image du Canada en l’éloignant de celle des Etats Unis. Cela passe par une désolidarisation de la coalition menée par les Etats-Unis contre l’Etat islamique, que le pays a rejoint en novembre 2014, afin de se recentrer sur des missions d’assistance humanitaire. Le Canada devrait ainsi réduire progressivement ses frappes en Irak et en Syrie tout en renforçant l’accueil des réfugiés (25 000 réfugiés syriens devraient être accueillis dans le pays dans les mois à venir). La question de l’environnement est également au cœur des nouvelles orientations diplomatiques canadiennes. Critiqué pour ses actions récentes, le Canada est attendu, notamment dans sa capacité à réunir de façon consensuelle les autres puissances intermédiaires ainsi que certains émergents, afin de donner une impulsion sur les questions de changement climatique. Au niveau national de nouveaux objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) plus stricts que ceux du précédent gouvernement devront être prochainement définis.

Le Canada s’oriente ainsi vers une politique étrangère proactive renouant avec sa posture traditionnelle, en insistant notamment sur son rôle humanitaire et de co-développement. Reste pour le pays à trouver sa place entre les puissances établies et les puissances émergentes afin d’être effectivement «  de retour », et ainsi de retrouver son influence.

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