Les remous d’une nouvelle Révolution tunisienne ?

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L’assassinat de l’opposant Chokri Belaid, au début de la semaine, a poussé à nouveau une frange de la population à manifester contre le pouvoir des islamistes. Ces derniers, contraints d’organiser de nouvelles élections, n’ont toujours pas fait leurs preuves.

Les éternels optimistes, qui ont cru que destituer des despotes dirigeant leurs pays depuis des décennies pouvait se faire pacifiquement, en sont pour leurs frais. Plus de deux ans après le début des mouvements tunisiens, il apparait clairement que la situation est plus proche du chaos que d’une stabilité politique impensable à ce jour. Certes, les raisons des manifestations ne sont pas les mêmes. Alors que celles de 2011 portaient principalement sur l’aspect économique (volonté d’un meilleur partage des richesses), les mouvements actuels ont basculé sur le biais socioreligieux. Il ne faut pas croire qu’en deux ans, les Tunisiens ont vu leur revenu par tête soudainement augmenter. Non, car le principal danger, selon certains, est constitué par l’islamisation forcée de la société.

Il y a 16 mois, au moment où Ennahda, le parti islamiste, est arrivé en tête des élections législatives, beaucoup ont interprété cette victoire comme un basculement de la société tunisienne. D’un régime autocratique pro-occidental à un gouvernement mettant la religion au cœur des préoccupations. En réalité, la coalition gouvernementale était promise à l’échec, réunissant trop de forces centrifuges, entre les islamistes d’Ennahda et les laïcs républicains du Président Marzouki.

Un pays au croisement de plusieurs projets de société

Les Tunisiens resteront à jamais comme les initiateurs du plus grand chambardement politique du monde arabe depuis la décolonisation. Le renversement du régime de Ben Ali constituait pour la plupart l’objectif à atteindre. Cependant, cela n’a jamais suffi. Depuis lors, sans le stabilisateur qu’était Ben Ali, la Tunisie n’a pas enclenché de projet de société. Ou plutôt, elle ne sait pas lequel choisir. Evidemment, la question religieuse est le principal problème, mais c’est toute la réorganisation de la société qui reste, aujourd’hui, au point mort.

Entre Révolutions et contre-révolutions, la Tunisie avance aujourd’hui tête baissée. N’ayant pas les ressources naturelles ou le poids régional d’autres pays ayant enclenché un changement de régime, l’agonie économique parait être un risque si la situation venait à empirer. Il est impossible de dire aujourd’hui si les laïcs, les islamistes modérés ou les salafistes viendront à l’emporter dans les urnes. Mais il ne fait plus guère de doute qu’un consensus politique et social est improbable, en espérant que le pays ne tombe pas dans un déchainement de violences, marqué par des assassinats politiques fréquents.

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