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Les tensions entre l’Inde et le Pakistan reprennent

 

Après plusieurs années de conflit, la région du Cachemire, à cheval entre le Pakistan et l’Inde, semblait s’être pacifiée durant la dernière décennie. L’attaque d’une base militaire indienne dans la région, semble-t-il commise par le Pakistan, pourrait déclencher de nouveaux feux.

Ce sont les régions en bleu clair (Inde) et vert clair (Pakistan) qui sont majoritairement sujettes à tensions
Ce sont les régions en bleu clair (Inde) et vert clair (Pakistan) qui sont majoritairement sujettes à tensions

Ce début de XXIe siècle a marqué une profonde accalmie dans la gestion du conflit cachemiri par l’Inde et le Pakistan. Leur accession à l’arme nucléaire, à la fin du siècle dernier, avait scellé toute perspective de conflit armé durable. Seul l’attentat de Bombay en 2008, attribué à des Pakistanais, avait relancé quelques tensions entre les deux pays. La récente attaque de la base militaire indienne d’Uri, faisant 18 morts, et attribuée à des rebelles pakistanais, rouvre l’épineux cas cachemiri.

Les deux pays semblaient ouverts au dialogue sur la résolution de cette question, mais la confiance mutuelle n’a jamais été suffisante pour parvenir à un réel accord. L’Inde accuse le Pakistan pour un désordre notable dans le Cachemire, le Pakistan fait de même pour les troubles sévissant régulièrement dans le Baloutchistan, de l’autre côté de la frontière. Le Pakistan semble avoir passé la vitesse supérieure. Lors du dernier Congrès de l’ONU fin septembre, le Premier ministre pakistanais a ouvertement accusé l’Inde de semer le trouble au Cachemire, ce à quoi le dirigeant indien Modi a considéré que le Pakistan faisait partie de « l’Ivy League du terrorisme ». Les médias pakistanais refont de l’anti-indisme primaire, tandis que les soldats indiens perpètrent des raids le long de la frontière.

Le Pakistan a plus à perdre en cas de durcissement des tensions

Dans cette opposition frontale, le contexte a néanmoins bien changé. Le Pakistan n’a pas un rôle aussi clé au niveau régional qu’auparavant et attire les lumières sur son manque d’action pour combattre les groupes terroristes. C’est en effet la mission que lui ont dévolu les grandes puissances, tant mondiales que régionales, alors que le pays est régulièrement accusé d’être trop accueillant vis-à-vis des taliban afghans. La lutte anti-terroriste est ainsi jugée insuffisante par les Etats-Unis, échaudés par le long double jeu pakistanais, et qui viennent de considérer le pays comme « soutien du terrorisme ». La Chine, pourtant financier du grand corridor reliant les deux pays (pour un montant approchant les 50 milliards de dollars), doute de la capacité du Pakistan à apporter des garanties suffisantes quant à la sécurité de ce corridor. Enfin, les alliés traditionnels du Golfe sont de plus en plus ouverts vis-à-vis de l’Inde, après le refus du Pakistan de soutenir l’intervention armée au Yémen. On le voit, l’isolement géopolitique du Pakistan grandit, même s’il reste supportable.

N’oublions jamais que le Pakistan reste politiquement fragile et que c’est l’armée qui détient le réel pouvoir dans le pays. Si celle-ci venait à considérer que le pouvoir central est trop faible, ou au contraire trop aventurier vis-à-vis de l’Inde, elle pourrait être tentée de prendre les choses en main. Pour le moment, un apaisement diplomatique semble encore atteignable, surtout que le Pakistan a le plus à perdre d’un comportement trop offensif vis-à-vis de son voisin.

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d'HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d'un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l'Association Les Yeux du Monde

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