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Donald Trump se montre en Syrie

 

Depuis mardi 4 avril, le front syrien connaît un nouveau regain de tension d’une ampleur internationale. Suite à une attaque chimique ayant libéré un gaz neurotoxique de type sarin dans la région d’Idlib, les États-Unis ont riposté dans la soirée du 6 avril par le bombardement d’une base militaire syrienne. Un changement radical dans la (courte) présidence de Donald Trump, créant la surprise pour les commentateurs internationaux. En effet, le 30 mars dernier, Rex Tillerson, secrétaire d’État avait annoncé que « le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien », rompant avec la logique du départ d’Assad comme condition sine qua non au règlement du conflit, prôné par l’administration précédente. C’était sans compter sur cette attaque au gaz sarin, qui change aujourd’hui la donne.

Concernant l’attaque au gaz sarin du mardi 4 avril, il est encore impossible d’expliquer le déroulement exact de l’opération, même si deux hypothèses sont aujourd’hui privilégiées. La première étant le bombardement au gaz, par le régime, du village de Khan Cheikhoun, la deuxième hypothèse étant le bombardement d’un dépôt contrôlé par les rebelles et contenant ce type de substance. Suite à cet événement, les États-Unis ont d’office accusé le régime d’Assad, comme responsable de l’attaque. Des accusations réfutées par la Russie et l’Iran. L’impact d’une telle attaque des forces gouvernementales syriennes, ne serait pas sans conséquences, puisqu’elle mettrait à mal les différentes négociations engagées depuis 2013 et la restitution de l’arsenal chimique syrien aux forces russes et américaines.

Une manœuvre de politique intérieure pour Trump ?

Dans cette logique d’accusation du régime d’Assad, l’utilisation de frappes punitives contre une base militaire syrienne dans la soirée du 6 avril n’est pas vide de sens. Bien au contraire, elle envoie un message fort au gouvernement syrien et à son garant russe, à savoir que les États-Unis ne sont pas prêts à tout accepter. Un message peut-être à destination d’autres ennemis comme la Corée du Nord, avec qui les relations sont au plus bas.
Cet événement intervient également dans un contexte de début de mandat compliqué pour Donald Trump, accusé notamment avec une partie de son administration de favoriser les intérêts russes. Avec cette attaque punitive contre le régime syrien, le nouveau président américain fait un grand coup. Il rassure à la fois les Républicains sceptiques depuis son élection, comme John McCain, mais aussi ses opposants Démocrates, comme Hilary Clinton. L’intervention de Trump a aussi été soutenue en Europe, notamment par François Hollande. Le président américain va donc sortir comme le grand vainqueur de cette opération, au moins en termes d’image.
Enfin, cette manœuvre redistribue les cartes entre les acteurs de la région. La Turquie qui s’était rapprochée de Moscou et de Téhéran semble à nouveau se ranger du côté américain. Ainsi, les efforts consentis lors de la conférence d’Astana tombent définitivement à l’eau, tout comme le cessez-le-feu et la tentative de stabilisation de la Syrie.

Le plus grand danger dans cette affaire est la potentielle escalade de violence entre Moscou et Washington. La Russie ayant déjà répondu aux Américains par la suspension du mémorandum sur la sécurité des vols aériens en Syrie et la fermeture d’un canal de communication avec l’aviation américaine. Le risque majeur étant de voir un accrochage entre forces russes et américaines en Syrie. Un tel accident serait difficilement acceptable de part et d’autre et pourrait aboutir à un regain de tension en Europe de l’est. Une région dans laquelle la Russie et les États-Unis ont une forte capacité de pression sur l’autre.

About Fabien HERBERT

Fabien Herbert est journaliste. Passionné par les relations internationales et la géopolitique, il se spécialise dans les zones Moyen-Orient et Russie/CEI. Pour me contacter : herbert.fabien@gmail.com

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