Hard power, soft power : quelles différences ?
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Hard power, soft power : quelles différences ?

 
Illustration caricaturale des notions de hard et soft power : Forte de son hard power, la Chine développe son influence et ainsi son soft power à travers le monde, et notamment les pays africains
Illustration caricaturale des notions de hard et soft power : Forte de son hard power, la Chine développe son influence et ainsi son soft power à travers le monde, et notamment les pays africains

Notions servant aujourd’hui d’outils communs pour l’analyse des aspects de la puissance et des stratégies géopolitiques des Etats, le hard power désigne la capacité d’un Etat à influencer le comportement d’autres Etats par des moyens coercitifs tandis que le soft power (1) désigne la capacité d’un acteur politique à influencer le comportement d’un autre par des moyens non coercitifs.

La première différence concerne ainsi le type d’acteurs. Si le hard power concernent les acteurs étatiques, le soft power peut aussi caractériser des organisations non étatiques (ONG, organismes internationaux) ou infra-étatiques (société civile). Cela influe sur leurs caractéristiques : moyens économiques et militaires propres aux structures étatiques caractérisent le hard power tandis que l’utilisation de moyens intangibles comme l’opinion, la culture ou la diffusion d’idéologie caractérisent le soft power. Celui-ci est donc une forme d’incitation à un type de comportement alors que le hard power est de l’ordre de la contrainte.

Ainsi, lorsque des Etats décident de sanctions économiques à l’égard d’un pays (Iran, Corée du Nord, Afrique du Sud) cela relève de leur hard power. C’est l’importance de leur poids économique qui va affecter l’économie visée et contraindre les dirigeants à un changement de comportement. En revanche, le développement de l’image d’un pays, à l’instar de la Chine perçue positivement en Afrique ou encore de la Corée du Sud à l’échelle mondiale grâce à sa diplomatie de l’hallyu (2), relève du soft power.

Ces formes de pouvoir semblent permettre aux Etats de transposer leurs rivalités en termes économiques, politiques et culturels et permettent également d’analyser le rôle des différentes entités sur la scène internationale. Ainsi, les ONG, si elles ne disposent pas de moyens coercitifs, usent de leur influence médiatique et idéologique afin de faire valoir leurs visions et intérêts. En pratique, seuls les Etats Unis semblent disposer d’un hard et soft power « complet » (45% du budget militaire mondial, première puissance économique, technology gap, présence à des postes stratégiques dans les OI). Face à cela, les nouveaux Etats émergents, qui n’ont pas toujours développé l’ensemble de leur hard power, comme l’a illustré la fragilité économique des BRICS, approfondissent leur soft power par leur activisme au sein des OI (action des pays émergents au sein de l’OMC ; revendications pour la réforme du Conseil de Sécurité) ou leur diplomatie culturelle (Communauté des Pays de Langue Portugaise ; Instituts Confucius).

Des notions dépassées ?

Récemment, il semblerait que l’on assiste au dépassement de la dichotomie entre ces deux notions comme l’illustre le concept de « smart power » désignant leur combinaison dans un souci « d’élégance ». Il a notamment été défendu par l’ancienne Secrétaire d’Etat Hilary Clinton afin de définir les nouveaux objectifs de la politique étrangère américaine, s’éloignant des discours messianiques et de la coercition systématique mais conservant leur puissance diplomatique et militaire. De même, de nouvelles formes de pouvoir semblent se développer comme le « net power » (3), combinant des aspects du hard power et du soft power dans le contexte du développement des nouvelles technologies de l’information. Si les notions de hard et soft power demeurent structurantes, ces clés de lecture des rapports de pouvoir gagnent à être revisitées.

(1) Joseph Nye, Bound to lead, 1990

(2) Hallyu : Aussi désignée sous le terme de « vague coréenne », ce concept désigne la popularité des produits culturels sud-coréens à partir des années 1990 ayant contribué à façonner une image positive de la Corée du Sud en Asie et plus largement dans le monde.

(3) Michel Foucher, La bataille des cartes, 2010

About Jessica SOME

Diplômée en Géopolitique et en Droit Public de l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, elle est rédactrice pour les Yeux du Monde depuis août 2013.

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