Israël : Netanyahou est-il prêt à tout pour gagner ? - Les Yeux du Monde

Israël : Netanyahou est-il prêt à tout pour gagner ?

Le 2 décembre dernier, le Premier Ministre israélien a décidé de provoquer des élections législatives anticipées. Le 17 mars prochain, nous connaîtrons donc la nouvelle composition de la Knesset. Deux coalitions semblent se dessiner, l’une rassemblant le centre-gauche et centre droit, et la seconde regroupe la droite et ses extrêmes.

« Bibi » joue sur la sécurité d’Israël et la critique de la communauté internationale…

Benyamin Netanyahou - Premier Ministre d'Israël (1996-1999 puis de 2009 à aujourd'hui)
Benjamin Netanyahou – Premier Ministre d’Israël (1996-1999 puis de 2009 à aujourd’hui)

En interrompant une législature qui courait jusqu’en novembre 2017, Benjamin Netanyahou a relancé un contexte électoral propice aux surenchères déclaratives. Alors que la victoire semble se profiler pour sa coalition de droite, le chef d’Etat n’hésite pas à attiser la passion sécuritaire des électeurs israéliens pour assurer sa victoire. C’est dans cette optique que s’inscrivent les frappes de Tsahal en janvier dernier en Syrie sur un convoi du Hezbollah. Les tirs de roquettes en représailles ont achevé la manoeuvre politique et militaire. Premièrement, il peut se présenter en homme de fer face aux menaces qui visent Israël, et deuxièmement, il montre que ces menaces existent réellement et qu’il faut leur opposer une fermeté sans concession.

Concession. C’est par ce terme que Benjamin Netanyahou a critiqué une communauté internationale qu’il juge attentiste, peinant à s’engager aux côtés d’Israël. Le 26 janvier dernier, il a qualifié la gauche israélienne (et donc sa coalition adverse) d’être prête à « ramper devant la communauté internationale » et de lui « offrir des concessions ». Par ces actes et ses propos, Netanyahou se pose en guerrier, comme seul remède légitime aux dangers qui ont court au-delà des frontières de l’Etat hébreu.

…Au risque de saboter les relations d’Israël avec l’étranger.

Non loin de s’arrêter à une critique de la communauté internationale, il s’est aussi ingéré dans la politique intérieure des Occidentaux au risque d’affaiblir les liens diplomatiques. En France, B. Netanyahou a su instrumentalisé la Marche du 11 janvier suite aux attentats de Charlie Hebdo. Refusant de se montrer à côté du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, il n’a pas hésité à faire remarquer à ses opposants politiques qu’il y a défendu fièrement la position d’Israël. Ce voyage lui aura aussi permis de lancer un appel à « tous les juifs français » pour qu’ils viennent s’installer sur le sol israélien.

Last but not least, son ultime voyage aux Etats-Unis lui a permis de montrer au monde entier (mais surtout à l’électorat israélien) qu’il n’hésite pas à se mettre à dos ses homologues étrangers pour peser sur le dossier du nucléaire iranien. En acceptant une invitation du speaker John Boehner à venir s’adresser au Congrès américain, le dirigeant israélien a aggravé des relations déjà tendues avec Barack Obama. Ce discours fut à l’initiative des Républicains et de l’ambassadeur d’Israël, mais sans concertation avec la Maison Blanche. Pour rappel, B. Netanyahou s’était déjà immiscé en 2012 dans la politique intérieure américaine en venant exiger des candidats à la présidentielle qu’ils clarifient leurs positions vis-à-vis d’Israël. Voulant provoquer une surenchère dans les déclarations des candidats, le Premier Ministre israélien avait finalement apporté son soutien au candidat républicain Mitt Romney…

En venant impliquer ses homologues alliés dans sa campagne électorale, le chef d’Etat israélien veut prouver à son électorat qu’il est le plus apte à garder les rênes du pouvoir car il fait de la sécurité sa priorité. Cependant, si la coalition avec la droite extrême sort victorieuse, la politique étrangère israélienne se durcira davantage. Un fossé croissant est donc en train de séparer Israël de ses plus proches alliés. L’option d’une intervention militaire en Iran paraît peu plausible sans un soutien américain. En revanche, on peut redouter une détérioration de la situation avec la question palestinienne et le Hezbollah au Liban.

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