La mort de Chavez et la fin d’une opinion sur le monde

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Depuis la mort d’Hugo Chavez, beaucoup d’analyses, y compris sur notre site, ont tenté d’établir un bilan économique de quatorze ans de chavisme. Un bilan somme toute bon, mais marqué par de cruelles déficiences. Mais, au niveau politique, nous avons assisté à la disparition du dernier représentant crédible d’une certaine manière de penser le monde.

Depuis la disparition de l’Union Soviétique, aucun pays n’a su reprendre le flambeau politique et assumer une concurrence politique saine avec les Etats-Unis. Pour beaucoup, nous avons assisté à l’émergence d’un monde multipolaire, ce qui, en réalité, ne vaut absolument pas politiquement. En effet, au niveau international, quelques alternatives politiques au modèle américain ont été développées, mais restent encore très régionales : modèle chinois, indien, turc, voire russe. De plus, aucune de ces alternatives ne se fonde sur une idéologie clairement définie, comme l’ont été les modèles américain et soviétique.

Avec le décès d’Hugo Chavez, nous assistons à la disparition du dernier emblème politique d’une idéologie : l’anti-américanisme. Ce jugement peut, certainement, hérisser le poil de bon nombre d’activistes politiques de par le monde, mais c’est un fait : Chavez était perçu comme le dernier guide de ce mouvement d’opposition à la puissance américaine. Et aujourd’hui, plus personne ne semble en mesure de reprendre le flambeau.

La mort de l’anti-américanisme ? Certainement pas ! Mais sans figure tutélaire, ses défenseurs devront redoubler d’efforts.

Hugo Chavez ne doit son statut d’icône de l’anti-américanisme qu’à son franc-parler et à des joutes verbales retentissantes. Economiquement, il est patent que sous sa présidence, le Venezuela s’est irrémédiablement accroché à la locomotive états-unienne. Aujourd’hui, avec l’extrémisme de M. Ahmadinejad, la fin proche du castrisme, le passéisme nord-coréen, sans oublier l’affaiblissement relatif du terrorisme anti-américain, il n’y a plus aucune figure tutélaire « crédible » pour porter, au moins dans les discours, l’héritage chaviste.

Néanmoins, il ne faut pas croire pour autant que, faute d’adversaires politiques à sa taille, le modèle américain ait désormais atteint « la fin de l’histoire » telle que pensée par F. Fukuyama. Economiquement, les cinq dernières années nous ont montré que sans évolution du modèle, les années de l’ultra-capitalisme américain sont comptées, pouvant donc affaiblir, à terme, le superpoids politique américano-occidental.

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