L’Afrique du Sud à nouveau hantée par ses anciens démons

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21 ans après la chute de l’apartheid, l’heure est toujours au malaise social en Afrique du Sud : jeudi, 34 miniers sud-africains ont trouvé la mort lors d’une fusillade engagée par la police au nord de Johannesburg à la mine de Marikana, une fusillade dont les causes et les raisons demeurent encore à ce jour méconnues, mais qui pose d’ores et déjà la question de la volatilité de la société sud-africaine, dans ce pays qui même vingt ans après l’abolition de la ségrégation ethnique et raciale, peine encore à imposer l’égalité.

Cela fait aujourd’hui près de 21 ans que l’apartheid, politique de « développement séparé » entre races et ethnies a été aboli en Afrique du Sud : mis en place dans un contexte de grande diversité ethnique et culturelle en 1948, au moment où l’Afrique du Sud, alors anglaise connaissait une immigration massive en raison de la main d’œuvre nécessaire à l’exploitation des mines d’or et de diamants, celui-ci avait alors permis une hiérarchisation très poussée de la société, à l’époque majoritairement divisée selon des critères de race : au sommet de la pyramide se trouvaient les Blancs, soit les descendants d’immigrés européens, puis venaient ensuite les Indiens, les métis et enfin les Noirs ou Bantous, quant à eux répartis parmi une bonne dizaine d’ethnies, toutes situées en bas de l’échelle sociale de la société sud-africaine; le statut de l’individu dépendait alors de sa race ou de son ethnie, le pays tout entier était organisé selon ces critères de ségrégation.

Aussi lorsqu’en 1991, à la suite de l’instauration d’une série de droits politiques accordés à la fois aux Indiens et aux métis l’apartheid fut aboli, l’Afrique du Sud toute entière espéra-t-elle la disparition définitive de ses anciens démons; en vain : malgré le combat de personnalités nationales telles que Frederik de Klerk ou Nelson Mandela, jamais l’Afrique du Sud n’aura véritablement oublié la ségrégation, en particulier dans les franges les plus défavorisées de la population où encore aujourd’hui, les conditions de vie n’ont rien à envier à celles en vigueur dans les pays du tiers-monde.

Ainsi malgré les avancées économiques, tout comme la mise en place d’un certain nombre de mesures dites de discrimination positive à l’intérieur du pays, l’Afrique du Sud est-elle encore aujourd’hui en proie aux inégalités et à la ségrégation :

Encore aujourd’hui, les inégalités entre les différentes catégories de la population sont palpables, telles que le taux de chômage, qui avoisine les 40% chez les populations noires quand celui-ci ne dépasse pas les 25% pour l’ensemble de la population active, ou encore la propriété foncière, avec près de 80% des terres sud-africaines détenues par des descendants d’immigrés européens.

Aussi le drame survenu jeudi dernier est-il le reflet de cette évolution imparfaite de la société sud-africaine : réunis à la mine de Marikana dans le Nord-Ouest du pays, les 34 miniers ont trouvé la mort alors que ceux-ci revendiquaient de meilleures conditions de travail et de vie, signe que le malaise social en Afrique du Sud, n’est pas prêt d’être aboli.

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