Mali : un conflit pour redorer la Françafrique ?

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Faute d’avoir le soutien international suffisant pour intervenir en Syrie, l’armée française a fait le pari d’une guerre contre un ennemi invisible en plein Sahel. Et ce, alors même que cette zone du monde est officiellement devenue la deuxième chasse gardée des islamistes, après la frontière afghano-pakistanaise.

L’incertitude est totale sur l’ennemi que notre armée affronte depuis ce week-end. Les islamistes sévissant au nord du Mali défendent-ils la même vision que la secte Boko Haram au Nigeria ou les Shebab somaliens ? Difficile à dire, tant leur idéologie est imprécise. Tout le contraire du mouvement Al-Qaida originel, qui disposait des moyens techniques et humains pour sévir en n’importe quel point de la planète. En Afrique, face à des armées très faibles, la progression des islamistes est progressive, et il est clair que seule l’intervention d’armées étrangères peut empêcher l’inéluctable.

Pour la France, historiquement liée au Mali, l’intervention était un « devoir ». En réalité, il s’agissait seulement d’un devoir pour son président, qui a rejoint son prédécesseur au rang de chef de guerre. Après un conflit libyen qui a montré tout le retard des armées franco-britanniques (la mort du régime kadhafiste étant principalement due à l’apport décisif des Etats-Unis), ce conflit malien sera l’occasion de jauger la modernité de notre armée.

Un engagement pas exempt de risques, comme d’habitude…

Faisons fi des menaces de vengeance de la part des islamistes somaliens, en réponse au fiasco total de la mission de vendredi dernier. En réalité, il est fort probable que ce conflit sera « seulement » coûteux en vies françaises, la stratégie des islamistes étant bien évidemment de s’emparer de soldats-otages afin de monnayer leurs vies. Quant à l’image de la France, elle sera renforcée en Afrique, dernier continent sur lequel elle arrive encore à exercer une influence digne de ce nom.

Mais ne nous leurrons guère : ce conflit n’intéressera pas véritablement les autres puissances mondiales. Certaines fourniront des hommes, certes, mais toutes seront bien heureuses de voir la France prendre les devants dans la résolution d’un conflit armé, ce qu’elle n’a pas fait depuis ses propres guerres de décolonisation. Et ce alors même que bon nombre de discours, notamment américains, pointent toujours la guerre contre le terrorisme comme objectif n°1 en matière de politique étrangère…

Il est possible que la force de frappe française, notamment aérienne, suffise pour décimer une bonne partie des membres du mouvement Ansar Dine. Cependant, on disait exactement la même chose il y a presque deux ans, au moment de défier les troupes de Kadhafi. A un seul détail près : Ansar Dine est une entité non-étatique. Avec toutes les possibilités (notamment celle d’agir selon le bon droit international) et tous les risques (la vengeance sera plus sourde et moins prévisible) qui y sont associés.

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