COP 27 : quelle place pour les Amériques dans les négociations ?

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L’Amérique Latine, tout comme les Caraïbes, sont extrêmement sensibles aux effets du changement climatique. Les négociations internationales telles que la COP27 sur le climat ou la COP15 sur la biodiversité représentent ainsi une opportunité de défendre le besoin de coopération et d’action collective face à ce problème multidimensionnel.

COP 27 : quelle place pour les Amériques dans les négociations climatiques ?L’adaptation climatique au cœur des revendications

C’est dans ce contexte, que la CEPALC (Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes) défend continuellement le besoin de s’adapter aux effets du changement climatique et de prioriser l’agenda Adaptation au sein des négociations internationales.

Jusqu’ici cependant, l’atténuation – soit les mesures visant à réduire nos émissions carbones – continue d’attirer le plus grand nombre d’investissements mondiaux et d’attention. En 2009, à Copenhague, les membres de la COP15 s’étaient mis d’accord pour mobiliser 100 milliards de dollars annuels pour la finance climat. A la COP26, à Glasgow, les pays s’engagèrent à leur tour à mobiliser 50% des finances climatiques mondiales pour l’adaptation actuelle et future des populations aux effets du changement climatique.

Deux objectifs qui restent aujourd’hui déficitaires.  Alors que la finance adaptation ne représente que 20 à 25% de la finance climatique mondiale, cette dernière n’a toujours pas dépassé la barre des 100 milliards (environ 83 milliards de dollars aujourd’hui). Pour point de comparaison, le PIB mondial s’établit à environ 100 000 milliards de dollars par an. Les besoins climatiques mondiaux, eux, représentent 2% de cette somme.

Pertes et préjudices : un sujet qui fait débat

Un autre sujet est au cœur des revendications de certains états de la région : les pertes et préjudices. Adoptant l’argument d’une justice climatique, des états comme la Barbade portent ainsi le sujet des divergences historiques en matière d’émissions carbones. Certains états subissent des dommages et des pertes, dont aucune action d’adaptation ne permettra de recouvrir entièrement les dégâts occasionnés.

Dans ce contexte, les états vulnérables au changement climatique, demandent à ce que les pays industrialisés, à l’origine de la majorité des émissions carbones, financent les efforts de reconstruction suite aux diverses pertes et dommages occasionnés.

Comme le souligne, Sébastien Treyer, directeur exécutif à l’IDDRI, l’argument historique semble peser dans la balance des négociations:

« Ce que ça révèle c’est un jeu géopolitique qui montre à la fois les évolutions assez fortes des rapports de pouvoir économiques et politiques sur la planète, (…) les pays les moins avancés, les pays les plus vulnérables, comme la Barbade (…), sont des pays qui sont extrêmement faibles d’un point de vue politique et économique et qui généralement jouent, à juste titre, l’argument moral du fait qu’ils n’ont pas causé le changement climatique, ils en sont les victimes.”

Un argument qui semble avoir prévalu à cette COP 27, tel que l’illustre la création officielle d’un fond international dédié aux pertes et préjudices. En 2021, à Glasgow, un dialogue courant jusqu’à 2024 sur le sujet avait également été établi.

Peuples autochtones à la table des négociations 

A la COP27, les gouvernements ne furent pas les seuls à vouloir élever leur voix. Des militants, des ONGs, et plus particulièrement des peuples autochtones vinrent se joindre aux discussions. Cependant, c’est avec difficulté que ces derniers purent partager leurs messages. « Dans les autres pays, on a pu manifester dans les rues et parler à plein de gens. Ici, on ne peut défiler que dans la Zone bleue » décrivait ainsi Juan Calvin, Mapuche tout droit venu du Sud du Chili.

Au travers de leur présence, cependant, et du port symbolique de leurs habits traditionnels, ils incarnent une vérité fondamentale : les populations locales, loin d’être les dernières affectées par les effets du changement climatique, sont aussi les plus grandes connaisseuses en matière de protection de leur habitat. Elles méritent ainsi d’être entendues, écoutées et incluses dans la gestion du problème climatique. Pour l’instant, comme l’évoquait le cacique Ninawa, représentant à lui seul les 15 000 Huni Kui de 104 villages de l’état d’Acre, au Brésil : «Nos peuples n’ont jamais été évoqués dans les négociations de la COP27 ».

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Gabrielle FRANCK

Gabrielle FRANCK est étudiante de niveau master, poursuivant un double diplôme «International Relations and Politics and Public Administration» dans les universités partenaires Charles (Prague) et Konstanz (Allemagne).

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