Le Canada revendique la paternité du père Noël : la lutte pour le pôle Nord

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Il y a cent ans, les nations se déchiraient pour conquérir les pôles. Des bateaux par centaines bourlinguaient en quête d’un point invisible. Le Norvégien Amundsen fut le premier à atteindre le pôle Sud en 1911 au nez et à la barbe du britannique Scott dans une course effrénée pour la maîtrise des territoires. Le pôle Nord, en revanche, n’a pas son Christophe Colomb : bien que les Américains l’attribuent à Frederic Cook en 1908, les historiens considèrent que le fureteur fou Amundsen aurait été le premier à survoler le pôle Nord à l’aide d’un ballon gonflable. Ainsi voguait Amundsen : le XXème siècle s’ouvrit avec la lutte pour la découverte des pôles. Après les deux guerres mondiales et la guerre froide, le XXIème s’ouvre avec la lutte pour la maîtrise des pôles.

En 1987, Gorbatchev déclare, à Mourmansk, l’Arctique ouverte. 5 pays se ruent sur l’occasion pour affirmer leur autorité sur ce désert : le Canada, la Russie, la Norvège, le Danemark et les USA. Ils créent le Conseil de l’Arctique en 1996, sorte de trust international pour éviter l’entrée de nouveaux acteurs revendicatifs. Depuis, chacun use de stratagèmes divers pour récupérer cet immense territoire. Dans cette optique, le Canada a déposé, hier, un dossier à l’ONU afin d’affirmer sa souveraineté sur l’Arctique. Après la tentative avortée de la Russie en 2002 conclue par un « putsch médiatique » (planter un drapeau dans les abysses), avant le Danemark (souverain du Groenland) l’année prochaine, c’est au tour d’Ottawa d’utiliser le droit international pour s’arroger un territoire disputé. Des millions de dollars ont été dépensés pour démontrer que les sols arctiques sont le prolongement de la plaque continentale canadienne et non russe. Argument irréfutable ! Quels sont les enjeux derrière ces revendications territoriales ?

Beaucoup d’analystes parlent des hydrocarbures. L’Arctique est le deuxième Moyen-Orient : s’y concentrent 15% des réserves mondiales de pétrole et 30% des réserves de gaz.  Pourtant, l’extraction de ces ressources exige de lourds investissements que les entreprises rechignent à réaliser à l’ère du pétrole abordable et que les assureurs refusent de couvrir dans une région mal connue. D’autant que le gaz de schiste modifie l’échiquier mondial : les USA vont devenir exportateurs nets de pétrole et de gaz. Les Russes ont ainsi reporté sine die leur mise en exploitation du gisement de Chtokman dont les clients prévus étaient … les américains. Total et Shell ont cessé leurs recherches régionales.

En revanche, les enjeux sont essentiellement :

–        Le contrôle des routes maritimes avec la fonte des glaces (4 millions de km² en moins qu’avant l’été) pour raccourcir les distances entre les continents ;

–      Les ressources halieutiques : la moitié des poissons mangés en Europe provient de l’océan Arctique ! Le réchauffement des eaux entraîne les poissons d’eau froide vers le Nord.

Ces combats s’annoncent acharnés à l’heure de la revalorisation des territoires. Ils se feront au détriment des minorités historiques (innuits) et de l’écologie (les techniques scientifiques ne sont pas au point pour la résorption d’une marée noire en eau froide).

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