L’Argentine : les fonds vautours, encore et toujours ?

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Sur les murs de Buenos Aires : " Non au paiement de la dette".
Sur les murs de Buenos Aires : ” Non au paiement de la dette”.

Ce mercredi 30 juillet, la date limite de paiement des dettes de Buenos Aires à ses créanciers, NML – une filiale du fonds Elliot – et Arelius, arrive à échéance. L’Argentine doit à ces derniers 1,33 milliards de dollars. En 2001, le pays a été contraint du fait d’une longue crise économique de faire défaut sur sa dette qui s’élevait alors à plus de 100 milliards de dollars. Les années qui suivirent ont permis au pays de restructurer sa dette, notamment grâce à l’accord de 93% des créanciers sur une décote de 65% (en moyenne) de leurs titres. Cela signifie que pour un dollar de dette détenu, ces derniers acceptaient de ne récupérer que 30 cents. Si cette solution a permis un assainissement de la situation du pays, 7% des créanciers ont refusé et attendent de l’Argentine le remboursement de total de leurs titres.

Ce contentieux soulève d’une part la question de l’éthique de ce type de fonds. Qualifiés de « fonds vautours », ils se spécialisent dans l’achat de créances à des débiteurs proches du défaut de paiement et font ensuite des profits en les obligeant à rembourser leur dette à sa valeur nominale. De même, cete situation pose la question du droit économique international. Portée en juillet 2012 devant le juge new-yorkais T. Griesa qui a interdit à l’Argentine d’honorer les échéances de sa nouvelle dette tant ses dettes contractées auprès de NML et Aurelius ne le seraient pas, ce jugement a été confirmé en juin 2014 par la Cour Suprême américaine. Cela repose sur le principe de « pari passu » qui signifie en droit des affaires que l’ensemble des créanciers doivent être traités de la même façon. Ainsi, l’Argentine ne peut décider de traiter favorablement seuls les créanciers qui ont accepté son accord. Si ce principe s’applique en général aux entités privées, la justice américaine a statué que le caractère souverain d’une des parties (l’Etat argentin) ne pouvait constituer un motif d’exception. Une des conséquences de ce jugement est que les fonds vautours peuvent rechercher des informations sur les actifs argentins partout dans le monde et poursuivre les institutions financières par lesquelles transite l’argent argentin afin de récupérer leur dû.

Au-delà du potentiel défaut, à quoi joue l’Argentine ?

Le défaut annoncé, voire attendu, depuis quelques semaines de l’Argentine est néanmoins à nuancer. Si les annonces des officiels laissent augurer une crise et une situation similaire à 2001, le contexte est différent. Disposant d’environ 30 milliards de dollars de réserves, l’Argentin est de plus un des pays d’Amérique latine les moins endetté (en proportion deux fois moins que la France) et serait ainsi en mesure de rembourser ses créanciers. Néanmoins, une des clauses de l’accord de 2005 et 2010, dite clause « Rufo » (« Rights upon offers »)  précise que le Gouvernement argentin ne peut en aucun cas offrir de meilleures conditions financières aux hold out (les 7% restants des créanciers). Si le pays acceptait de payer ces derniers des renégociations avec les investisseurs ayant accepté une importante décote seraient alors possibles. En tentant de décaler l’échéance, l’Argentine entend ainsi limiter ce risque qui ferait monter la dette du pays à plus de 120 milliards de dollars. L’autre argument avancé par Buenos Aires est plus de l’ordre du principe : le pays refuse de payer des fonds spéculatifs qui « profitent de la faiblesse d’un pays pour s’enrichir indûment ».

Cela cache néanmoins l’enjeu interne de cette prise de position internationale de l’Argentine. Certains analystes voient dans cette posture un moyen de détourner l’attention de la population de la situation économique interne, voire à lui trouver des causes externes. Depuis 2012, la croissance du pays a fortement ralentie (-2,5% du PIB) et l’inflation est en forte hausse (30% par an). De même le peso s’est notablement affaissé face au dollar et deux taux de change existent dans le pays : un officiel et celui du marché noir avec une différence de presque 60%. Cette situation est notamment liée au manque diversification des activités du pays qui a connu une forte croissance portée par les exportations de matières premières. A cela s’ajoute les récents soupçons de corruption concernant la Présidente C. Kirchner, le Vice-Président Boudou et d’autres officiels. La dénonciation des fonds vautours permet ainsi, tout comme plus récemment la question des Malouines, de détourner l’attention.

Si en cas de nouvelle faillite, les conséquences seraient moindres que celles de 2001, un nouveau défaut aggraverait la récession en cours et la fuite des capitaux selon l’OFCE. Les pays voisins seraient de même affectés, à l’image du Brésil dont 8 % des exportations sont à destination de l’Argentine, notamment celles de la filière automobile. Absente des marchés financiers depuis quatorze ans, l’Argentine devra de même encore patienter.

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