Le canal de Panama: entre hausse de la demande et vulnérabilités persistantes
Inauguré en 1914, le canal de Panama permet de relier l’Océan Pacifique à l’Océan Atlantique. Malgré l’importance stratégique qu’il revêt, étant l’un des goulets d’étranglement majeurs au niveau mondial, il reste assez peu emprunté en comparaison à d’autres voies maritimes (environ 6 % du commerce maritime mondial, contre 12 à 15 % pour le canal de Suez). Si sa position stratégique pourrait mener à une augmentation de sa fréquentation, notamment depuis le déclenchement de la guerre en Iran, certains obstacles l’empêchent de rivaliser avec les passages maritimes les plus empruntés.
Un projet stratégique au cœur des convoitises

La construction du canal débute sous l’impulsion de la France, puis est reprise et achevée par les États-Unis. Longtemps opérateur du canal, Washington est contraint de le rétrocéder au Panama le 31 décembre 1999. Depuis lors, c’est une agence gouvernementale panaméenne, l’Autorité du canal de Panama (ACP), qui en a le contrôle. Mais cette voie maritime reste cruciale pour les États-Unis, premiers utilisateurs avec près de 75 % du trafic en 2024.
Au cours des dernières décennies, en réaction à l’instabilité au Moyen-Orient et aux risques fréquents de blocages de détroits vitaux comme le détroit d’Ormuz, plusieurs pays asiatiques, notamment la Chine, entreprennent une diversification de leur approvisionnement en énergie. Ces pays souhaitent réduire leur dépendance aux États du Golfe. Le continent américain représente dans ce cadre une alternative intéressante, et le canal de Panama un passage presque inévitable. Pour la Chine, cet intérêt s’inscrit dans son projet des « Nouvelles routes de la soie », lui permettant d’élargir son influence sur le continent sud-américain. Cet attrait croissant pour le canal pourrait permettre à l’ACP d’augmenter ses revenus s’il réussit à dépasser certains obstacles.
Le canal de Panama, chasse gardée de la puissance américaine
Les États-Unis, conscients de leur relation privilégiée en tant que premier partenaire commercial et économique du Panama, tentent de conserver une influence informelle sur la gestion du canal. Aussi, le président Donald Trump a vigoureusement dénoncé les investissements croissants de leur rival chinois sur le canal lors de son retour au pouvoir en janvier 2025. Dans son discours d’investiture, il annonçait clairement sa volonté d’en reprendre le contrôle, considérant qu’aujourd’hui, « la Chine opère le canal de Panama ». Pour justifier son propos, le président américain souligne l’importance des investissements de la puissance dans la construction du canal. Il estime également que le Panama a « rompu la promesse » faite aux États-Unis lors des accords de rétrocession.
Tout en défendant sa pleine souveraineté sur l’exploitation du canal, le Panama a partiellement cédé aux revendications américaines. La Cour Suprême panaméenne a en effet invalidé une concession détenue par l’entreprise hongkongaise Panama Ports Co. Elle a accordé temporairement l’exploitation des deux ports concernés à des entreprises européennes. Cette décision a fait réagir la Chine et l’entreprise hongkongaise, qui a lancé en avril 2026 un processus d’arbitrage à l’encontre du Panama. Au-delà de ces rivalités, le canal fait face à des contraintes climatiques tout aussi déterminantes.
Les enjeux capacitaires du canal
Le canal, situé au-dessus du niveau de la mer, fonctionne grâce à un système d’écluses très demandeur en eau. Il est alimenté par deux lacs artificiels, Gatún et Alajuela, ce qui le rend dépendant des conditions météorologiques. Lors des épisodes de sécheresse, l’ACP se voit contrainte de réduire le nombre de passages par jour jusqu’à ce que le niveau d’eau des lacs remonte. Elle doit aussi appliquer des limites de poids aux navires qui l’empruntent. Le changement climatique et les épisodes El Niño aggravent le défi de gestion de l’eau auquel l’autorité fait face, l’intensité et la fréquence de ces épisodes rendant cette gestion particulièrement difficile. L’ACP travaille depuis plusieurs années à améliorer l’efficience de la récupération de l’eau, un enjeu devenu crucial après l’épisode El Niño de 2023. Les gestionnaires du canal envisagent d’autres solutions, comme la mise en place d’un système multimodal pour compléter le fonctionnement du canal.
Conclusion
Face à la hausse de la demande et aux contraintes de capacité du canal, les gestionnaires du canal cherchent à optimiser les recettes en introduisant un système d’enchères, permettant de valoriser le passage sans accroître le trafic. Cette solution, bénéfique pour le Panama, déplaît aux États-Unis, et de manière générale aux compagnies maritimes qui utilisent le canal. On le voit également, le canal devient de plus en plus un théâtre de la guerre commerciale sino-américaine. Dans ce contexte, le Panama sera amené à temporiser la rivalité entre les deux puissances, tout en préservant ses intérêts propres.


