À l’heure des Jeux, quels défis pour la société russe ?

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Le message délivré au monde par la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Sotchi est clair : si le pays a été mis à genoux dans les années 90, la puissance russe est bel est bien de retour. En témoigne le coût de ces jeux : 37 milliards d’euros ont été mis sur la table, ce qui en fait les plus chers de l’histoire, et de loin. Mais si les Jeux sont pour Vladimir Poutine un succès personnel, ils sont aussi le symptôme de l’un des grands maux de la société russe : la corruption. Selon l’opposant et économiste russe Alexeï Navalny, un tiers des sommes versées ont fini dans les mains d’amis du régime. Cette corruption est un problème récurrent en Russie : le pays a été classé 127e sur 177 en 2013 par Transparency International. À l’heure des Jeux, la société russe doit encore relever de nombreux défis.

De fait, à la corruption s’ajoutent des problèmes politiques. En effet, l’opposition peine à s’organiser et à proposer aux Russes une alternative au Parti de Vladimir Poutine, Russie Unie. Cette situation n’est pas un hasard, tant les pressions exercées sur les opposants politiques et la presse russe sont nombreuses. Le régime a d’ailleurs toujours recours au système du Goulag. En outre, les russes se souviennent de la présidence trouble de Boris Eltsine, ce qui les rend politiquement frileux.

Ceci s’explique d’abord par les difficultés économiques que connaît le pays. La croissance économique s’est tassée à 1,5% en 2013, et l’économie russe souffre de handicaps structurels. Les hydrocarbures représentent 70% des exportations du pays, mais le manque d’investissement dans les infrastructures risque de peser sur la production à l’avenir. L’industrie manufacturière russe demeure quant à elle en retrait : c’est un des défis que la Russie devra surmonter.

La société russe doit également faire face à d’importants problèmes démographiques. Peu de russes font aujourd’hui confiance en leur système de santé. En effet, les hôpitaux russes sont souvent mal équipés, les infrastructures sont vétustes et le personnel de santé publique trop peu nombreux, c’est pourquoi les russes les plus riches ont recours à des cliniques privées très chères. À cela s’ajoutent des problèmes d’alcoolisme : 450 000 citoyens russes meurent chaque année des suites de l’alcool. Résultat : une espérance de vie de 74 ans pour les femmes et … seulement 62 ans pour les hommes ! La forte mortalité, combinée à une natalité moyenne de 1,73 enfant/femme, a eu pour conséquence une diminution de la population du pays pendant vingt ans, bien que celle-ci recommence à augmenter légèrement depuis deux à trois ans.

Néanmoins, la natalité ne remontera durablement en Russie que lorsque les russes auront de nouveau confiance en l’avenir. Cette confiance viendra lorsque seront surmontés les problèmes d’identité de la société russe. Car si l’URSS a pu disparaître en quelques mois, emportant avec elle valeurs et symboles, la Russie poursuit encore aujourd’hui sa difficile mue identitaire, entre réhabilitation de l’empire russe et nostalgie de la grandeur soviétique.

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