Quand les peurs font la politique

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S’il est clair que les différences existant entre les différents partis d’extrême-droite en Europe sont aujourd’hui très marquées sur certains sujets sensibles – antisémitisme, xénophobie, homophobie, islamophobie sont des moteurs plus ou moins puissants selon les régions d’Europe -, il n’en demeure pas moins que ces partis ont tous en commun de faire appel à un allié solide en ces temps de crise : la peur.

L’extrême-droite capitalise essentiellement sur la peur d’être déclassé ou marginalisé, et cette peur générale chapeaute toutes les autres. Ne nous risquons pas à lister ces peurs mais explorons-en brièvement quelques-unes.

La peur de l’islamisation est un fil conducteur dans l’action de l’extrême-droite : aux Pays-Bas, Geert Wilders avait beaucoup fait parler de lui avec son film Fitna, qui associait sans trop de délicatesse l’islam au terrorisme ; en France, si les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen ont laissé place au discours plus doux de sa fille Marine, c’est aussi parce qu’il ne sert plus à rien de haïr les Juifs français du XXIe siècle et qu’il est préférable de stigmatiser les musulmans, minorité forcément plus visible. Cette peur de l’islam – et donc de l’étranger pour beaucoup de Français – est intimement liée à des considérations purement socio-économiques. Non seulement le musulman n’appartient pas à la même culture mais en plus il vole des emplois pouvant être exercés par les Français dits de souche. Considération économiquement farfelue puisque les immigrés musulmans occupent souvent des postes que les Français rechignent à pourvoir.

La peur de l’insécurité et de la violence en général est un formidable moteur pour l’extrême-droite. Le moindre fait divers, la moindre agression, pour autant qu’ils soient pris dans l’engrenage médiatique, sont prompts à revitaliser les thèses de la droite extrême. Lorsque ces faits divers impliquent des immigrés – qu’ils appartiennent à la 1ère ou la nème génération – alors le lien est aussitôt fait entre l’immigration et l’insécurité. Pour peu que ces immigrés soient des musulmans, alors les amalgames s’enchaînent à une vitesse vertigineuse.

Fait plus nouveau, l’extrême-droite exploite les peurs liées à la présente crise économique.

On l’a dit, elle accuse les immigrés de voler le travail des honnêtes travailleurs européens. Mais elle est aussi présente pour soutenir les ouvriers victimes d’une fermeture d’usine, en les assurant qu’un protectionnisme économique serait la meilleure chose qui puisse leur arriver. Ce discours social, antimondialiste, et protectionniste trouve un écho fort dans la classe ouvrière. A son apogée dans les sondages en mai 2011, Marine Le Pen semblait répondre aux préoccupations de près d’un tiers des ouvriers français. Outre-Manche, les bons résultats du British National Party (BNP) lors des dernières élections législatives sont essentiellement dus à son positionnement social et économique, alors que le Royaume-Uni connaissait ses pires heures en termes de croissance.

Enfin, on pourrait conclure sur la peur de l’Europe. Tout récemment, Marine Le Pen s’est demandée s’il ne fallait tout simplement pas arrêter de soutenir financièrement les Grecs, réaffirmant au passage son hostilité à toute solidarité européenne. Cette peur peut trouver écho au sein d’une frange de la population française qui ne voit pas pourquoi l’on irait aider les autres alors que bien des choses restent à faire chez nous.

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