Elections présidentielles égyptiennes : le pouvoir aux Frères, le Parlement à l’armée

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Le renouveau démocratique égyptien, tant espéré par les puissances occidentales et les révolutionnaires de la place Tahrir, est dans une bonne phase après les élections présidentielles égyptiennes, qui ont vu la victoire du représentant des Frères musulmans, Mohamed Morsi.

Les résultats ne sont pas encore officiels. Mais le comportement des militaires, au lendemain de l’élection, indique une tendance claire : Morsi est élu, mais l’armée refuse de lui laisser tous les pouvoirs. Après cette élection que les véritables révolutionnaires ont décidé de boycotter (choisir entre Morsi et Chafik, c’est opter pour la peste ou le choléra, selon eux), l’armée a immédiatement fait passer un décret limitant les pouvoirs du nouveau Président Morsi. Une belle preuve, une fois de plus, que l’ère Moubarak est loin d’être terminée (se terminera-t-elle véritablement à la mort du rais, semble-t-il imminente ?).

Morsi, le choix par défaut ?

Alors oui, les Frères musulmans renaissent, après avoir vécu de terribles moments sous l’ère Moubarak. Cependant, cela reste une victoire amère, et pas uniquement par le coup de force postélectoral des généraux. Morsi sort vainqueur à l’arrachée d’une élection où l’abstention frise les 50%, et où Morsi apparait non pas comme un rassembleur, mais plutôt comme celui qui évitera le retour à l’ère Moubarak, ce que représentait, bon an mal an, Ahmed Chafik. Certes, la coutume est de dire « qu’au deuxième tour, on élimine », mais le travail de Morsi, et de tous les Frères musulmans, est immense. D’abord rompre avec la toute-puissance des généraux (puissance qui ne sera, malgré tout, que très peu réduite), et éviter de passer, d’un seul coup, à un régime islamiste prônant la charia et réduisant les libertés individuelles, ce qu’une majorité d’Egyptiens refuse.

Au final, entre des généraux, héritiers de tous les dérapages de l’ère Moubarak (et qui devront céder, théoriquement, leurs pouvoirs d’ici à la fin du mois), et des Frères musulmans dont on ne sait guère de choses sur l’application de leur programme, les Egyptiens sont entrés dans la phase 2 de leur transition post-Moubarak, celle de l’établissement d’un véritable pouvoir, capable de rassembler une majorité d’Egyptiens. La rédaction d’une nouvelle Constitution est le prochain écueil pour les Frères élus, de par l’opposition féroce de l’armée et des libéraux. Et c’est donc bien l’armée qui pourrait sortir gagnante de ce micmac constitutionnel. On ne rompt pas avec les vieux héritages aussi facilement que ça…

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