Démission du premier ministre palestinien : la crédibilité de l’Autorité Palestinienne remise en cause ?

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Salam Fayyad, le premier ministre de l’Autorité Palestinienne, a remis hier sa lettre de démission au président Mahmoud Abbas, qui l’a acceptée. Le départ de cet économiste respecté pose de nombreuses questions quand à l’avenir de la Palestine.

M. Fayyad a depuis juin 2007 mené un travail de titan pour faire de l’Autorité Palestinienne (AP) une institution sérieuse, reconnue, compétente et débarrassée du fléau de la corruption. En somme, son œuvre a consisté à montrer au Monde que l’Autorité Palestinienne est « apte  à diriger un pays ».

Ce technocrate apolitique, ancien haut fonctionnaire du FMI, a été nommé en 2007 par M. Abbas suite à la scission entre le Hamas et le Fatah. Par cette nomination, le président visait trois objectifs : rassurer les donateurs (qui font vivre l’Autorité Palestinienne) en donnant des gages de crédibilité et de transparence, renforcer une image de sérieux et de compétence afin de soutenir l’AP dans son long processus vers le statut d’Etat à part entière et enfin affaiblir la corruption endémique qui caractérise le Fatah de M. Abbas et qui lui a fait perdre les élections de 2007 face au Hamas.

Ces trois objectifs ont été au moins partiellement remplis. La Banque Mondiale a en 2011 salué la valeur de son action. John Kerry aurait (selon une source palestinienne reprise par le New York Times) fait des pieds et des mains pour convaincre Mahmoud Abbas d’empêcher son premier ministre de démissionner.

Cependant, dans sa lutte contre la corruption et sa promotion de la transparence, Salam Fayyad s’est attiré des inimitiés profondes de la part des cadres dirigeants historiques du Fatah.

En effet, à mesure que le premier ministre approfondissait son action, il se heurtait de plus en plus aux intérêts de ces leaders traditionnels… Ainsi, la semaine dernière, le Fatah a été particulièrement virulent dans ses attaques contre M. Fayyad, qualifiant son action lors de son Conseil Révolutionnaire comme « empreinte d’improvisation et de confusion ».

Le Fatah a été conjoncturellement appuyé dans son opposition au premier ministre par le contexte économique palestinien : la hausse du prix des produits de première nécessité en Cisjordanie a nourri une grogne populaire hostile à Fayyad.

La démission de Salam Fayyad ne va pas profondément changer la situation dans la région. Si les puissances occidentales (au premier rang desquelles les Etats-Unis et Israël) regrettent unanimement le départ d’un « interlocuteur précieux », elles continueront néanmoins à travailler (ou plutôt à essayer de travailler) avec son futur successeur. On peut néanmoins regretter une nouvelle expression de la toute puissance politique d’un Fatah aux pratiques parfois discutables…

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