La chute de Qusayr : un tournant dans la guerre civile syrienne ?

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Depuis le début du conflit en Syrie, la chute de Bachar El Assad nous est présentée comme l’inéluctable conclusion à la guerre civile. Deux ans et quatre-vingt mille morts plus tard, la communauté internationale va peut-être devoir affronter une réalité toute autre : alors que Paris et Londres ont affirmé que le régime syrien utilisait du gaz sarin contre les rebelles, le régime assassin qui est à la tête de la Syrie va peut-être gagner la guerre.

La petite ville de Qusayr, 30 000 habitants, est depuis trois semaines le théâtre de combats acharnés entre les forces gouvernementales fidèles à El Assad et les rebelles. Aujourd’hui, les troupes loyalistes ont définitivement gagné et occupent la ville.

Pourtant, ça n’est pas juste une bataille parmi tant d’autres qu’El Assad a gagnée : Qusayr avait une importance stratégique de premier plan pour les rebelles. C’est par là que transitaient les armes et les munitions destinées aux insurgés du sud et du centre du pays. C’est également par là que les renforts venus du Liban, des combattants sunnites, arrivaient en Syrie. Bien entendu, les armes parviendront toujours à passer, mais le temps que la rébellion organise de nouveaux circuits d’approvisionnement, il sera peut-être trop tard.

En effet, les forces de Bachar El Assad sont aujourd’hui considérablement renforcées par les troupes du Hezbollah, qui ont joué un rôle décisif dans la prise de Qusayr. La milice chiite libanaise, il y a peu encore porte-drapeau de la lutte des musulmans contre Israël, a définitivement choisi son camps, et est entrée avec toutes ses forces dans le conflit. Son leader a publiquement dénoncé la « conspiration djihado-israélienne » à l’œuvre pour faire tomber le pouvoir syrien.

La guerre civile syrienne, qui, à l’origine, nous apparaissait conduite par des motifs avant tout politiques, est aujourd’hui devenue un conflit religieux : chiites contre sunnites.

Le Hezbollah a fait un choix stratégique. Il a choisi de se ranger aux côtés d’un « axe chiite » (Hezbollah-Syrie des El Assad-Irak-Iran), non plus seulement dans le cadre bien obscur de la diplomatie secrète et des transferts d’armes et d’argent, mais bien dans celui de la guerre contre les sunnites. Choisir, c’est renoncer : l’organisation, qui jouissait d’un prestige énorme du fait de sa lutte contre Israël, ne pourra plus bénéficier du soutien des sunnites opposés à l’Etat hébreu.

Malheureusement, il est peut-être  aujourd’hui trop tard pour la Syrie :

1- La rébellion a subi une lourde défaite à Qusayr, et si l’UE a levé l’embargo sur les armes à destination des opposants, celles-ci risquent d’arriver bien tard…

2-Les hypothétiques  négociations (à Genève ou autre part), qui ne se tiendront de toutes façons pas en juin,  ne sont pas porteuses d’espoir. Pourquoi El Assad, qui vient de remporter une victoire peut-être décisive, irait-il négocier (alors même que les opposants n’ont toujours pas réussi à se doter d’une « tête ») ?

3- Plus le temps passe, plus le conflit prend une tournure religieuse (l’implication du Hezbollah en témoigne), et donc plus les intégristes y font la pluie et le beau temps… Ainsi, dans le cas (très hypothétique) d’une intervention couronnée de succès de puissances occidentales, le risque de dérive fondamentaliste d’une Syrie « post El Assad » s’accroit.

Les atermoiements de la communauté internationale, s’ils sont compréhensibles dans leurs fondements, sont criminels dans leurs conséquences. Ayons au moins la décence d’assumer ce qui est de facto une posture de non-ingérence militaire.

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