Les Dragons Asiatiques, un modèle de développement reproductible ? - Les Yeux du Monde

Les Dragons Asiatiques, un modèle de développement reproductible ?

Les Quatre Dragons Asiatiques (appelés par les anglophones : The four Asian Tigers) sont la Corée du Sud, Taiwan, Hong Kong et Singapour. Ces pays ont connu une véritable révolution à partir des années 1960 qui les ont fait passer de pays du tiers-monde à un niveau de développement comparable à l’Europe de l’Ouest. Leur modèle de développement est un exemple pour de nombreux pays émergents.

Deux pays, la Corée du Sud et Taiwan et deux cités-états, Hong-Kong et Singapour
Deux pays, la Corée du Sud et Taiwan et deux cités-états, Hong-Kong et Singapour

Ce groupe est constitué de deux Cités-États Hong-Kong (alors sous protectorat britannique) et Singapour (indépendante de la Malaisie en 1965) et de deux pays la Corée du Sud et Taiwan, officiellement la République de Chine. En 1960, ils sont alors considérés comme des pays du tiers-monde mais les investissements japonais et américain (en 1957, 22,9% du PNB sud-coréen provient de l’aide américaine) vont leur permettre de croître à un rythme unique. Si ces pays ont bénéficié d’avantages spécifiques comme la position de Singapour qui lui a permis de devenir le deuxième port mondial, toutes ces économies ont plus ou moins suivies le même modèle de développement qui avait permis en son temps au Japon de devenir l’une des principales puissances mondiales.

La démocratie à tout prix ?

Aucun de ces territoires n’est démocratique au début des années 1960. Il faudra attendre les années 1980 pour que la Corée du Sud et Taiwan avancent vers la démocratie. Singapour est toujours gouverné par la même famille depuis son indépendance et Hong-Kong a été une colonie jusqu’en 1997 avant de revenir dans le giron de la Chine communiste avec le concept de “un pays, deux systèmes”. C’est cette même Hong-Kong qui va entamer le premier sa croissance grâce à l’industrie du textile. Il est important de noter que ces pays ont pu bénéficier de prêts du FMI ou des Etats-Unis à condition de libéraliser leurs économies et non pas leur système politique. On va donc voir émerger un modèle « colbertiste », où des États forts vont financer l’apparition d’industries basées sur les exportations tout en laissant les mains libres aux acteurs économiques pour faire du profit. Ces États vont mettre en place une législation qui va éviter les comportements dits de « rentiers » et favoriser les comportements entrepreneurs pour être sûr que l’économie avance constamment vers un stade plus avancé.

Une remontée de la chaine de valeur

Le développement de la Corée du Sud va être exemplaire et en 30 ans, le pays deviendra l’un des 15 pays les plus riches de la planète. Tout d’abord grâce à l’aide américaine, les Coréens vont développer une industrie de substitution aux importations ; pour accéder aux étapes suivantes ils vont réinvestir systématiquement tous les gains dans le développement du pays. Puis ils vont investir dans une industrie légère (notamment textile) destinée à l’exportation dont les gains en devises vont leur permettre d’investir dans une industrie lourde et une augmentation de l’éducation de la population et finalement une économie fondée sur les nouvelles technologies alimentée par la demande domestique. Taiwan suivra globalement la même trajectoire, avec toutefois quelques légères différences comme l’importance de l’industrie textile qui restera majeure dans l’économie du pays même après l’apparition de l’industrie lourde.

Les Cités-États vont se diriger vers la finance

Singapour, s’il va suivre dans un premier temps le même développement par les exportations grâce à son industrie légère va s’orienter non pas vers les nouvelles technologies mais vers la finance, devenant le hub financier et maritime de l’Asie du Sud-Est. Singapour a également attiré les multinationales pour investir dans le pays alors que la Corée du Sud et Taiwan préférait limiter au maximum les capitaux étrangers pour développer une industrie locale. Hong-Kong va suivre les traces de Singapour en bifurquant vers la finance et le transport maritime qui apparaissait logique étant donné son histoire et sa position ; si Hong-Kong était une colonie, il faut cependant noter que ce sera celui des Dragons où l’État interviendra le moins dans la conduite de l’économie.

Les quatre Dragons asiatiques sont un exemple de développement très intéressant à étudier car ils ont tous émergé sous des régimes autoritaires. Ce sont ces régimes qui malgré leur défaut ont permis à des millions de personnes de passer durablement de la pauvreté à un indice de développement humain très élevé ; il faut noter que la Corée du Sud et Taiwan ont finalement accéder à la démocratie à mesure que l’économie se développait. La question se pose donc si ce modèle est réplicable mais également désirable. En effet, l’Occident s’est donné la mission de lutter contre tous les régimes autoritaires avec l’idée que la démocratie est meilleure qu’un régime autoritaire dans toutes les situations. Les Dragons, comme la Chine actuellement, avaient basé la légitimité de leur dictature sur l’accroissement du niveau de vie et non pas une idéologie ou une armée ; on peut voir en Afrique un exemple similaire avec le Rwanda de Paul Kagamé. Si Paul Kagamé n’est pas un grand démocrate, sous sa gouvernance le pays a pu doubler son PIB par habitant par rapport à l’avant-génocide et plus de tripler par rapport au début des années 2000. On peut se demander si par la stabilité qu’il procure à son pays ce n’est pas le meilleur moyen de le développer dans un premier temps ; il faut toutefois noter que les régimes autoritaires des Dragons ne reposaient pas sur l’armée et que leur succès n’aurait pas été si fort si cela avait été le cas. De plus, ce relatif effacement a permis à la démocratie d’apparaître quand le peuple a été prêt.

 

 

 

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