L’expansion du GNL : l’Algérie, peut-elle s’insérer dans cette dynamique ?

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L’explosion de la demande mondiale en Gaz Naturel Liquéfié (GNL) couplée à l’émergence rapide de nouveaux pays consommateurs, séduits par le transport du gaz par bateaux, semble jouer au profit de l’Algérie, d’autant plus que son statut de pionnière en fait l’un des rares pays à disposer d’équipements de liquéfaction. Aujourd’hui, le pays possède 4 grandes unités de liquéfaction du GNL, situés tout au long de sa côte à Arzew et Skikda, d’une capacité totale de production de 44 milliards de m3 de gaz par an.

L'Algérie, est-elle prête à relever le défi?
L’Algérie, est-elle prête à relever le défi?

La géographie des exportations algériennes de GNL est très diversifiée, et ne cesse de s’élargir. Elle s’étend de son marché prioritaire qui est l’Europe occidentale avec la Grande-Bretagne, la France et l’Italie comme importateurs historiques jusqu’aux pays d’Asie Pacifique (Japon, Chine, Corée du Sud et même Malaisie, lui-même producteur important de GNL), en passant par l’Amérique du Sud, où le Brésil se présente comme le consommateur principal du GNL algérien, bien que les quantités importées restent toujours modestes. Ces dernières années se sont avérées particulièrement fructueuses pour le pays : l’Algérie a pu bénéficier à la fois de deux contrats de ventes de GNL. Le premier a été signé avec la Turquie sur la livraison de 4 milliards de m3 de gaz jusqu’à 2024, qui prolongeait un premier contrat de 20 ans signé en 1993, et le deuxième concernait l’Egypte sur l’exportation de 750 000 milliards de m3 de gaz, qu’elle a livré en six cargaisons au cours de l’année passée.

Les perspectives d’accroissement de sa part sur les marchés internationaux de gaz naturel sont d’autant plus prometteuses qu’elles s’inscrivent dans la stratégie de l’Union européenne, son plus grand marché d’exportation, visant à diversifier ses sources d’approvisionnement et de desserrer enfin l’étau gazier de la Russie. Selon le Commissaire européen à l’énergie et au climat Miguel Arias Canete, le GNL est appelé à jouer un rôle clé dans l’approvisionnement futur de l’Europe, ce dernier compte sur ses deux fournisseurs traditionnels, qui sont l’Algérie et la Norvège.

Une forte volonté affirmée, mais le potentiel est-il au rendez-vous ?

Le sol algérien recèle de très grandes quantités de gaz naturel, mais le développement de son industrie gazière est freiné ces dernières années par certaines spécificités internes. En effet, dès la deuxième moitié des années 2000 la production nationale de gaz naturel se trouve dans un recul quasi-continu. En 2005, après avoir atteint le pic de production à 88,2 milliards de m3 de gaz, elle décroit dans les années suivantes pour atteindre 79,6 milliards de m3 en 2009. Ce qui s’explique en grande partie par la brusque chute de la production sur le gisement géant de Hassi R’mel, qui assurait jusqu’à 2010 plus de 25% de toute production gazière du pays. A cela s’ajoute la croissance de la consommation domestique de l’énergie, où le gaz naturel connaît la hausse la plus élevée par rapport aux produits pétroliers et à l’électricité.

Ces deux facteurs ont eu des impacts majeurs sur les capacités algériennes d’exportation de son gaz naturel qui sont passées de 64 milliards de m3 en 2004 à seulement 40,8 milliards de m3 en 2014, soit une baisse de plus de 35% en 10 ans ! Contrairement aux exportations gazières de pipeline, qui connaissent de légères augmentations en 2010, les exportations de GNL baissent de manière régulière : de 24,67 Bcm en 2007 à 19,31 Bcm en 2010, et atteignent 14,9 Bcm en 2013. Cette tendance à la baisse a été contrebalancée en 2014 par la mise en exploitation de deux usines de liquéfaction de gaz à Skikda (GL2K) et à Arzew (GL3Z), ce qui a permis d’augmenter, bien que modestement, les exportations de GNL jusqu’à 17,3 Bcm en 2014. Mais ce, au détriment des exportations gazières via le réseau de gazoducs transcontinentaux, qui lient l’Algérie à l’Italie et à l’Espagne.

Pour remplir ses engagements internationaux à l’exportation, mais aussi répondre aux besoins accrus du secteur résidentiel et industriel nationaux, l’Algérie a intensifié les activités de forages de puits, dont le nombre est passé de 93 en 2013 à 116 en 2014. Les nouveaux projets de GNL, lancés ces dernières années par le groupe d’Etat Sonatrach, visent à compenser, au moins en partie, la chute de la production. En outre, la compagnie prévoit le développement de gisements de gaz de schiste, que le pays possède en abondance (selon l’AIE, l’Algérie détient 707 trillion cubic feet, ce qui place le pays à la troisième position après la Chine et l’Argentine). En 2014, le Conseil des Ministres du pays a donné le feu vert au développement des ressources de shale oil et gaz de schiste, mais ces projets sont depuis freinés par des fortes oppositions locales.

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