Les enfants-soldats : un phénomène encore bien présent aujourd’hui

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Les enfants-soldats sont présents dans une vingtaine de pays à travers le monde. Ils servent à tous types de tâches, de cuisiniers à espions jusqu’à bourreaux voire simple boucliers humains.

Pays où les enfants-soldats sont recrutés selon le dernier rapport de l’ONU.

Figure presque mythique des guerres qui secouent certaines régions pauvres du monde, l’enfant-soldat est encore bien présent sur certains théâtres aujourd’hui. Alors qu’un enfant sur six est touché par un conflit, ils seraient entre 250 000 et 300 000 à y prendre part. Un tiers des enfants-soldats sont majoritairement « employés » sur le continent africain. Cependant, les autres régions du monde n’échappent pas à ce phénomène plus ancien que l’on ne pense. Daesh, tout comme l’ELN en Colombie, ont eu recours aux enfants-soldats.

Afrique et l’Asie, là où les enfants-soldats sont les plus présents

Un rapport de l’ONU stipule que 7 747 enfants ont été recrutés en 2019, dont 90% par des acteurs non-étatiques. En effet, certains États enrôlent aussi des enfants. C’est le cas notamment de la Somalie. Bien qu’inférieur à celui de 2018, le nombre d’enfants recrutés n’en demeure pas moins préoccupant. C’est bien en Afrique qu’ils sont les plus nombreux. Notamment en Somalie (1 442 garçons et 53 filles ont été enrôlés, 269 ont servi de combattant), en République démocratique du Congo (533 garçons et 68 filles, 204 en tant que combattants) et en République Centrafricaine (165 garçons et 43 filles ont été enrôlés entre 2016 et 2019).

En Syrie, les enfants ont aussi servi au sein des différents groupes armés. Pas moins de 798 enfants ont été envoyés au combat, 147 avaient moins de 15 ans. Ils étaient parmi les différents belligérants, des groupes kurdes aux rebelles syriens en passant par Daesh.

Ce phénomène touche autant les garçons que les filles. Elles représentent environ 40% des enfants soldats dans le monde. Ces filles, parfois enlevées très jeunes, servent souvent d’esclaves sexuelles. Il est important de préciser que ce chiffre est une estimation et que la réalité pourrait être bien pire. En effet, les jeunes filles ne se manifestent pas toujours, par honte.

Des chiffres en hausse

Le recrutement des enfants-soldats n’est pas une tendance en baisse. Bien que les chiffres de 2019 soient inférieurs à ceux de 2018, 37 000 cas de recrutement ont été recensés par l’ONU depuis 2012. Rien qu’en Centrafrique et en République démocratique du Congo, les chiffres ont respectivement quadruplé et doublé.

Les enfants-soldats peuvent être témoins voire acteurs d’exactions. Ils peuvent mourir, être blessés, mutilés et garder des séquelles psychologiques. Surtout, ils peuvent être une “bombe à retardement” s’ils ne sont pas pris en charge, et risquent d’être amenés à reproduire ce qu’ils ont vu dans leur enfance. D’où la nécessité de les prendre en charge. Les pays concernés ne sont pas uniquement ceux où les enfants soldats sont présents. En effet, la France aussi peut faire face à un risque avec les enfants soldats, alors que 200 enfants de djihadistes d’origine française sont présents en Syrie. 

Un premier jugement de recruteur prononcé

Pour endiguer le problème des enfants-soldats, 105 pays se sont engagés dans les “Principes de Paris”. Ces derniers définissent les enfants-soldats comme “tout mineur de moins de 18 ans participant de près comme de loin à un conflit”. Cependant, près de 15 ans après la signature de cet accord (qui est avant tout un engagement moral), peu de choses ont changé.

Plusieurs facteurs peuvent aider à endiguer le problème des enfants-soldats. Tout d’abord, l’aspect juridique. Les recruteurs n’ont jamais été poursuivis. Ou presque. La première condamnation d’un enfant-soldat devenu lui-même recruteur et bourreau a été prononcée début février. En effet, Dominic Ogwen a été rendu coupable de 61 chefs d’accusations par la Cour pénale internationale. Il s’agit du verdict le plus lourd jamais rendu par cette instance. Un enfant-soldat ne serait donc pas juridiquement une victime tout le long de sa vie. De quoi aussi dissuader les recruteurs à l’avenir.

Quel avenir pour les enfants-soldats ?

Cependant, le facteur juridique n’est pas le seul à prendre en compte pour endiguer le problème des enfants dans les conflits. Leur libération et réinsertion sont tout aussi importantes. Depuis 1998, l’UNICEF a libéré 100 000 enfants de la guerre. Rien que depuis 2013, plus de 3 000 l’ont été rien qu’au Soudan du Sud. Cependant, ils étaient environ 6 000 à avoir été enrôlés. De plus, la crise sanitaire risque d’empirer la situation des enfants-soldats. En effet, les dons des pays Nords, redirigés habituellement vers les ONG, sont réorientés pour régler les difficultés internes des pays. Pourtant, il faut deux à trois ans (si ce n’est plus) pour réintégrer un enfant à la société ainsi que les moyens financiers inhérents à ce processus.

La pauvreté pousse aussi ces enfants à rejoindre d’eux-mêmes les milices armées. Régler les conflits à l’échelle internationale et mener des actions pour sortir du paupérisme les populations concernées sont les derniers facteurs à prendre en compte pour cesser le recrutement d’enfants-soldats.

Nous ne sommes qu’à la genèse du processus pour mettre fin au recrutement des enfants dans les conflits. Alors que le nombre d’enfants-soldats a augmenté de 75% ces dernières années selon l’ONU, la figure de l’enfant avec sa Kalachnikov en bandoulière est loin de disparaitre du monde dans lequel nous vivons.

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Mathieu OBRINGER

Diplomé d'un DUT et d'une Licence professionnelle à l'École de Journalisme de Cannes, Mathieu envisage de poursuivre son cursus dans la recherche en géopolitique. Il est rédacteur des Yeux du Monde depuis décembre 2020.

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