Ghouta orientale : quelles évolutions pour le conflit Syrien ?
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Ghouta orientale : quelles évolutions pour le conflit Syrien ?

 

La Ghouta orientale, zone située à l’est de Damas, est aujourd’hui un enjeu stratégique important dans le conflit syrien, après la reprise de Homs et d’Alep par le régime, respectivement en 2014 et 2016. Grand comme l’équivalent de Paris, ce territoire est l’un des derniers bastions rebelles, assiégé par le régime depuis 2013. Les bombardements, réguliers depuis cette période, connaissent une recrudescence depuis fin 2017 et sont d’une particulière violence depuis mi-février. 

Ghouta orientale: quelles évolutions pour le conflit syrien?
V.Poutine, l’homme fort du conflit syrien

Une enclave stratégique

Depuis la conférence d’Astana début 2017, des zones de désescalades ont été définies en Syrie. La Ghouta en faisait partie. Leur but premier était de mettre fin à la violence et d’améliorer la situation humanitaire, ainsi que de faciliter l’avancée des négociations politiques. Les forces gouvernementales, comme les groupes armés de l’opposition, devaient cesser d’utiliser tout type d’armes, ainsi que l’aviation.

Mais ces zones avaient avant tout un intérêt tactique pour Damas et Moscou. L’objectif n’était pas d’entamer un processus de paix avec les rebelles mais de gagner du temps et des forces en vue d’un prochain affrontement, qui se déroule aujourd’hui en Ghouta orientale. Bachar el-Assad recherche une victoire totale, sans devoir passer par un compromis politique. Cela l’obligerait en effet à reconnaître une certaine légitimité aux groupes rebelles. Il s’agit justement du principal enjeu de la bataille de la Ghouta : affaiblir encore un peu plus les forces de l’opposition sur le terrain, afin d’enterrer toute idée de négociation et faire taire leurs revendications politiques.

Des alliances complexes

Bien qu’étant principalement le théâtre de la lutte entre le régime de Damas et l’opposition, la Ghouta est également le lieu d’affrontements entre les factions rebelles elles-mêmes. Les luttes internes proviennent en grande partie de l’hostilité entre Jaish al-Islam et Hayy’at Tahrir al-Sham (HTS). Jaish al-Islam est une coalition d’unités islamistes et salafistes, soutenue par l’Arabie saoudite. Considéré comme terroriste par Bachar el-Assad, la Russie et l’Iran, il est l’un des deux principaux groupes islamistes contrôlant la zone. Faylaq al-Rahman, principal groupe affilié à l’Armée syrienne libre dans la région et appuyé par le Qatar et la Turquie, contrôle lui aussi le territoire. Ce dernier est allié au HTS, principalement composé de membres de Jabhat al-Nusra, en hostilités ouvertes avec Jaish al-Islam.

Couplées aux divisions internes de l’opposition, les offensives aériennes de Damas et du Kremlin pourraient entraîner un affaiblissement des combattants dans la Ghouta et augmenter les chances du régime d’en reprendre le contrôle. D’autant plus que le 26 février dans une lettre adressée au Conseil de sécurité, les factions rebelles se sont déclarées prêtes à faire sortir les combattants d’Hayy’at Tahrir al-Sham de la zone.

Bien qu’il soit peu probable que cette initiative dissuade Vladimir Poutine et Bachar el-Assad de continuer leurs frappes, cela démontre un certain affaiblissement de l’opposition. De plus, les Tiger Forces, unité d’élite de l’armée syrienne ayant contribué à la reconquête d’Alep-Est, viennent d’être déployées dans la région. En addition aux forces régulières du régime et aux milices paramilitaires, la présence de combattants du Hezbollah libanais a également été confirmée sur place. Le cumul de ces différents éléments pourrait inciter les rebelles à se rendre.

Le Kremlin, acteur clé

A l’initiative de plusieurs puissances occidentales, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté le 24 février une résolution afin d’imposer une trêve de 30 jours, qui n’avait pas été appliquée. Moscou a finalement ordonné le 26 février l’instauration d’une trêve humanitaire quotidienne de cinq heures afin de mettre en place des couloirs humanitaires dans le but d’évacuer les civils. Le scénario semble rappeler celui d’Alep en 2016. Moscou avait en effet instauré une trêve pour permettre l’évacuation des civils et le retrait des combattants, avant que le régime ne reprenne le contrôle de la ville.

De cette manière, si la bataille de la Ghouta est principalement abordée sous l’angle humanitaire, il convient également de l’analyser sous un prisme militaro-stratégique dans l’évolution du conflit syrien. Bien que les civils soient fortement touchés par les attaques du régime, ils sont malheureusement considérés comme des victimes collatérales de la stratégie de reprise du territoire syrien par Bachar el-Assad et V. Poutine. Il s’agit en effet pour eux de l’un des derniers pions à abattre sur leur échiquier. Si Moscou a ordonné un cessez-le-feu, c’est moins dans un objectif humanitaire que par intérêt stratégique.

En plus de s’attirer les bons auspices des dirigeants et de l’opinion publique occidentale, la trêve permet à l’axe Moscou/Damas/Téhéran de gagner du temps et des forces avant l’offensive finale. Ainsi, malgré les difficultés à faire respecter la cessation provisoire des combats, le Kremlin remporte progressivement une nouvelle victoire diplomatique et humanitaire en imposant cette trêve et en organisant l’évacuation des civils et la reddition des combattants opposés au régime de Damas. Moscou est donc bel et bien la clé de voûte de la bataille de la Ghouta, comme du conflit syrien dans son ensemble.

About Amélie METEL

Etudiante en master 2 coopération internationale à l’université Grenoble Alpes. Passionnée par la géopolitique, elle se spécialise dans l’analyse des conflits armés et la diplomatie.

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