Vladimir Poutine, un candidat « sans parti »
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Vladimir Poutine, un candidat « sans parti »

 

La campagne présidentielle russe de 2018 aura été marquée par un véritable manque de suspense. Quasiment assuré d’être réélu pour un quatrième mandat, Vladimir Poutine n’aura pas véritablement tremblé. La faiblesse de l’opposition et la main mise sur les grands médias russes lui permettent d’envisager avec sérénité les résultats du 18 mars, date du premier tour de l’élection. Les sondages donnent au président sortant 75% des suffrages. Si le candidat Poutine semble plus fort que jamais, un détail de cette campagne est resté relativement inaperçu.  Celui-ci en dit pourtant beaucoup sur les réalités de la politique russe. En effet, V. Poutine s’est présenté en tant que candidat « auto-désigné » ou « indépendant » et non sous la bannière du parti Russie Unie (Единая Россия), le mouvement politique de centre droit auquel il appartient. Un choix qui montre que le Kremlin a pris acte de la baisse globale de popularité des autorités russes.

Russie Unie, un parti en baisse de popularité

Le choix du président russe de ne pas se présenter sous l’étiquette Russie Unie peut paraître étrange, puisque le parti a largement remporté les élections législatives de 2016. En effet, alors qu’en 2011 Russie Unie avait obtenu 49,32% des voix, le parti en a obtenu 54,20% en 2016. Un résultat en trompe l’œil pour le mouvement au pouvoir depuis sa création. En effet, alors qu’en 2011 le Russie Unie avait recueilli plus de 32 millions de voix, la participation avait chuté en 2016. Russie Unie avait alors perdu près de 4 millions de voix. Étant donné qu’aux yeux de Moscou, c’est la participation qui garantit la légitimité du pouvoir, on comprend pourquoi le Kremlin fait tout pour avoir un taux d’abstention faible.

Les études du Levada Center (centre de recherche indépendant) nous donnent un autre indicateur du climat d’insatisfaction de la population russe. Si les taux de satisfaction concernant le président Poutine restent très élevés (avec 81% d’approbation en 2017), les autres représentants du pouvoir connaissent une perte de popularité depuis 2016. Ainsi, l’action du Premier ministre Dmitri Medvedev n’est approuvé qu’à 46%, et celle du gouvernement russe qu’à 42%.

Toutes ces raisons laissent supposer que le président Poutine a souhaité se défaire des éléments les moins populaires pour être ré-élu avec le plus de voix possibles, en accord avec son pourcentage d’approbation. Dans cette optique, il est plutôt logique que V. Poutine se soit présenté sans son étiquette politique habituelle. Bien sûr, Russie Unie ne présente pas de candidat et soutient le président sortant.

Répartition des sièges de la Douma, chambre basse du parlement russe, suite aux élections législatives de 2011 puis de 2016.

Quel futur pour la gouvernance russe ?

Si V. Poutine est à nouveau élu le 18 mars, cette question de la baisse de popularité du pouvoir russe ne sera pas à prendre à la légère. Elle sera même primordiale, puisqu’un des enjeux du dernier mandat* de V. Poutine, sera la gestion de « sa succession politique ». Dans cette perspective, il est possible qu’un nouveau Premier ministre soit désigné, au début ou en cours de mandat, ce qui mettrait fin au binôme Poutine/Medvedev en place depuis 2008. De nouveaux cadres, plus jeunes, devraient émerger prochainement autour de V. Poutine. Enfin la question de la survie de Russie Unie se pose. Est-ce que le pouvoir russe pourrait aller jusqu’à dissoudre le parti majoritaire au parlement depuis 2007, pour créer une nouvelle force politique recentrée autour de V. Poutine ?

Si les dirigeants russes ont souvent été accusés d’être déconnectés de la réalité, enfermés dans leur tour d’ivoire, la candidature de V. Poutine en tant que candidat « indépendant » montre bien que le pouvoir a pris acte du mécontentent populaire. Cette prise de conscience et les relatifs signes d’apaisement envoyés par Moscou aux occidentaux, laissent entrevoir les objectifs du dernier mandat de V. Poutine, probablement axé sur un redressement économique pour répondre aux attentes de la population. Dans le cas contraire sa succession pourrait être difficile à gérer du côté des autorités en place.

*Nous le supposons. Il ne pourra pas se représenter en 2024 (sauf changement de la constitution), et aura 77 ans au moment de la présidentielle suivante, en 2030.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l'Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s'intéresse notamment au monde russophone et au Moyen-Orient.

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