Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2
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Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

 

Le sommet de Singapour le 12 juin dernier entre Donald Trump et Kim Jong-un a suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de craintes sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans les relations internationales. Quelles conclusions tirer de cette rencontre inattendue sur le rôle de l’arme ultime au coeur de la diplomatie ? 

Le retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales

Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.
Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.

Ce spectaculaire retournement de situation, à travers la réunion historique entre deux les dirigeants, laisse planer le doute sur les résultats réels de ce sommet. Le régime nord-coréen exerce magistralement l’art des promesses non tenues. De plus, l’inconséquence de Donald Trump en politique étrangère oblige à être prudents dans l’analyse des faits. Pourquoi Kim Jong-un croirait-il en les engagements du Président des États-Unis ? En tout état de cause, la crise coréenne et ce sommet ont signifié le retour de l’arme nucléaire comme élément de négociation en relations internationales.

Étant donné le peu de garantie donné par Donald Trump à la Corée du Nord, la meilleure assurance-vie du régime de Kim Jong-un est de conserver le plus longtemps possible son arsenal nucléaire. Au delà du geste de bonne volonté dont Pyongyang a fait preuve en avril dernier en annonçant l’arrêt de ses essais, l’arme nucléaire s’est imposée comme le pivot des négociations et de la pression dans les relations internationales. L’actuel président américain vient de relancer l’arsenal nucléaire des États-Unis, face une montée des menaces émanant de la Chine et de la Russie détaillées dans la nouvelle Nuclear Posture Review du Pentagone (NPR) de 2018[11].

Le gouvernement Trump a pris l’initiative d’augmenter massivement le budget militaire alloué aux armes nucléaires des États-Unis en violation du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). La NPR met en exergue l’annexion de la Crimée par la Russie et l’augmentation des budgets liés à la dissuasion russe et chinoise. Il insiste également sur le besoin d’une modernisation constante de la « triade nucléaire » des États-Unis, de manière à préserver leur sécurité et leurs capacités.

L’abandon des armes nucléaires peut-il donner lieu à des changements politiques profonds ? 

«L’équilibre de la terreur » se fonde, dans un monde bipolaire, sur le postulat que l’utilisation à grande échelle de l’arme nucléaire par l’un des deux belligérants provoquerait à coup sûr leurs destructions mutuelles. Il est donc nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d’un stock d’armes nucléaires suffisant pour dissuader toute attaque de l’ennemi.

La production d’armes nucléaires à grande échelle permet donc de dissuader les États de prendre le risque d’une attaque. Pourtant lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde est passé près de l’apocalypse par une simple erreur d’interprétation[12]. Aujourd’hui, dans un monde instable où les alliances entre les États sont plus opportunistes qu’idéologiques, l’arme nucléaire semble avoir perdu de sa pertinence face aux menaces terroristes. Toutefois, la Corée du Nord et l’Iran rappellent la pertinence et le danger que représente la prolifération nucléaire dans un monde instable et fragmenté avec de plus en plus d’États souhaitant acquérir la technologie de l’atome.

Une arme de dissuasion?

Depuis la chute de l’URSS, la prolifération s’est considérablement accrue sans toutefois atteindre les niveaux de la Guerre Froide. La montée des acteurs non-étatiques ainsi que la criminalité transnationale doivent inciter les États à renforcer leur politique de sécurité et leurs moyens de contrôle. Cela de manière à éviter que de telles armes ne tombent entre les mains de groupes terroristes. L’AIEA rappelle d’ailleurs que le risque de terrorisme nucléaire n’est pas à écarter[13], bien que la logistique complexe de ces armes rend très difficile leur utilisation par des groupes extérieurs aux États.

Bien que l’équilibre de la terreur soit un concept répandu, il est loin d’être accepté aujourd’hui par tous les spécialistes des questions nucléaires. S’il paraît impensable que les pays européens attachés aux valeurs démocratiques utilisent un jour l’arme nucléaire, qu’en est-il des gouvernements autocratiques? La Corée du Nord peut servir d’exemple. Si Kim Jong-un a montré des gestes d’ouverture, il n’en a pas toujours été ainsi. Les menaces apocalyptiques de la Corée du Nord ont longtemps affolé les États-Unis, qui ont cherché à tout prix à empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, comme l’Iran, la Corée du Nord a prouvé au monde que les sanctions économiques à son égard ne l’ont pas dissuadée de renoncer à poursuivre son programme nucléaire. Et que penser du Pakistan, déchiré par des luttes confessionnelles et lui aussi doté de l’arme nucléaire? L’abandon par un pays de son programme nucléaire ne peut-être le fruit que d’une décision politique à haut niveau qui sous-tend une volonté de rupture historique[14]. Toutefois les pays historiquement possesseurs de l’arme nucléaire sont tous dans une posture visant à moderniser leurs arsenaux dont la durée de vie a été étendue. Le rôle joué par l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité reste donc un élément crucial pour toute puissance ayant des ambitions mondiales. Le général Marks Milley, chef d’État-major de l’US Army, en 2016 rappelait d’ailleurs l’importance de l’arme nucléaire dans la politique de défense américaine  : « Ce que nous voulons faire, c’est dissuader. Personne ne veut faire la guerre. La seule chose la plus chère que la dissuasion c’est de faire la guerre. Et la seule chose plus chère que de faire la guerre, c’est de se battre et de perdre la guerre[15] ».

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[11] « Nuclear posture review », department of defense, united states of america, pp.100, p.26, 2018, en ligne, <https://media.defense.gov/2018/Feb/02/2001872886/-1/-1/1/2018-NUCLEAR-POSTURE-REVIEW-FINAL-REPORT.PDF>.

[12]  « Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire », nouvel obs : blog affaires étrangères, 22octobre 2012, en ligne, <http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/19/crise-de-cuba-le-jour-le-plus-dangereux-de-l-histoire.html>.

[13]  « Mesures de prévention et de protection contre les menaces internes », coll : sécurité nucléaire de l’AIEA n°8, AIEA, en ligne, <https://www-pub.iaea.org/MTCD/Publications/PDF/Pub1359f_web.pdf>.

[14] Benjamin Hautecouverture, « Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ? », fondation pour la recherche stratégique, 5 juin 2018, en ligne , <https://www.youtube.com/watch?v=FS4_tBODH1s>.

[15]  « Nuclear posture review », op.cit, p.75.

About Raphaëlle MABRU

Raphaëlle MABRU est diplômée de Sciences Po Toulouse et d'un Master 2 "Géopolitique et Relations Internationales". Passionnée par l'actualité internationale et la protection des droits de l'Homme, elle est particulièrement intéressée par les enjeux au Moyen-Orient. Ses thèmes de prédilection portent sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement. Elle a rejoint les Yeux du Monde en novembre 2017.

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