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Boko Haram menace le nord du Cameroun

 

Vendredi 17 octobre 2014, huit militaires camerounais trouvaient la mort dans de rudes combats engagés contre les troupes armées de la secte islamiste nigériane Boko Haram. Selon les informations délivrées par le ministère camerounais de la Défense, 107 combattants du groupe armé terroriste auraient été abattus lors de ces affrontements dans l’Extrême-Nord du Cameroun alors qu’un cessez-le-feu prévoirait l’hypothétique libération des lycéennes, prises en otages au printemps dernier.

A gauche, Paul Biya, le président du Cameroun et à droite, Goodluck Jonathan, le président du Nigéria
A gauche, Paul Biya, le président du Cameroun et à droite, Goodluck Jonathan, le président du Nigéria

Dans le Golfe de Guinée, le flou règne. Les autorités nigérianes annonçaient avoir abouti à un cessez-le-feu avec la secte islamiste radicale Boko Haram, vendredi 17 octobre 2014. Les négociations, dans lesquelles le Tchad officie en tant que médiateur, auraient prévu une clause de libération des lycéennes enlevées il y a plusieurs mois. Or, il n’en est rien jusqu’à maintenant. Pire, les affrontements ont repris et ont gagné en intensité mais cette fois-ci de l’autre côté de la frontière, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Méfiance et doute sont désormais de rigueur : ces déclarations connaissent des précédents malheureux. En effet, de hauts responsables nigérians ont par trois fois annoncé la mort imaginaire du leader de Boko Haram : Aboubakar Shekau.

Pour comprendre l’effet d’annonce recherché, il faut replacer ces déclarations d’État concernant un cessez-le-feu dans le contexte de la campagne que mène activement le président sortant, Goodluck Jonathan, en vue des élections présidentielles fixées au 14 février 2015. Cette nouvelle candidature de Goodluck Jonathan est d’ailleurs controversée au sein de l’État fédéral nigérian car elle paraît rompre le principe d’alternance présidentielle nord(musulman)-sud(chrétien). Il semble que l’actuel président du Nigéria souhaite également montrer l’efficacité de la diplomatie nigériane alors que la chancellerie camerounaise, sous le haut patronage de Paul Biya, enregistrait un succès avec la libération des 17 otages Camerounais (dont l’épouse du vice-premier ministre et le lamido – chef traditionnel – de Kolofata) et 10 Chinois, le 11 octobre dernier.

Dans ce contexte, comment s’organise la lutte internationale contre Boko Haram ?

Tout d’abord, rappelons que le lac Tchad constitue le point névralgique et géostratégique, situé entre la bande sahélo-saharienne et l’Afrique saharienne. C’est le pivot de cette vaste région centrale africaine, la clef de son équilibre. Or, sa frange méridionale est menacée par les activités de Boko Haram et d’autres groupes criminels, dans le nord-est du Nigéria et le nord du Cameroun notamment. Lors du sommet États-Unis/Afrique d’août dernier, les Américains ont prévu un plan d’aide destiné au Nigéria dans sa lutte contre Boko Haram. Le Cameroun n’a pas été inclus dans ce plan. Le soutien international aux opérations menées contre Boko Haram se limite pour le moment à des vols de reconnaissance et du renseignement. La France possède d’une base militaire à N’Djamena au Tchad, à quelques encablures de la zone grise dans laquelle évolue Boko Haram. Toutefois, les forces armées françaises voient leur périmètre d’intervention limité au « G5 Sahel » – qui n’inclut ni le Nigéria ni le Cameroun –, dans le cadre de l’opération Barkhane.

Pour l’administration Biya, la montée en puissance de Boko Haram est un véritable défi sécuritaire même si le cœur du pouvoir, Yaoundé dans le sud, et de l’activité économique, Douala (dans l’ouest bamiléké et bamoun), se situe loin des zones à risques sécuritaires majeurs. En réponse, le président camerounais a entamé un déploiement de son armée dans le nord du pays, utilisé par Boko Haram comme une base arrière et une filière de recrutement. Par conséquent, une coopération interétatique et régionale paraît indispensable pour lutter efficacement contre Boko Haram qui se joue des frontières pour échapper aux poursuites. L’obligation pragmatique et morale de l’entente passe par le dépassement de vieux contentieux (péninsule de Bakassi, rétrocédée au Cameroun par le Nigéria en 2008) et des egos nationaux entre les diplomates camerounais et nigérians au nom de la sécurité régionale, de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée transnationale. Une force régionale de 700 soldats, incluant Nigéria, Cameroun, Niger et Tchad, devrait voir le jour fin novembre. Un premier pas encourageant et nécessaire mais se révélera-t-il suffisamment efficace pour apaiser la région ?

About Rémy SABATHIE

Rémy Sabathié est secrétaire général des Yeux du Monde. Analyste veilleur en défense et sécurité, il est diplômé de géopolitique, de géoéconomie et d'intelligence stratégique.

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