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Nigeria : la vive volonté d’indépendance du Biafra

 

Ce mardi 30 mai 2017, les rues d’Enugu et d’Onitsha (sud-est nigérian) étaient vides. Une « journée ville morte » avait été décrétée par différents mouvements séparatistes pour commémorer le 50ème anniversaire de la déclaration unilatérale d’indépendance du Biafra. Cette proclamation du 30 mai 1967, faite par le lieutenant-colonel Odumegwu Emeka Ojukwu, a marqué le début du violent conflit baptisé « Guerre du Biafra » (1967-1970). Cette guerre civile s’est rapidement internationalisée, et a fait plus de deux millions de victimes. Cinquante ans plus tard, le climat est toujours tendu.

Des rivalités ethniques à l’origine du conflit, renforcées par l’organisation administrative de l’État

Manifestation organisée à Londres en 2015 en faveur de l’indépendance du Biafra. Déjà, les violences causées par les forces du gouvernement étaient dénoncées.

Le Nigeria est en effet divisé entre plusieurs dizaines d’ethnies. Parmi elles, il y a les Haoussas-Fulanis, les Yorubas, et les Ibos. Les Ibos occupent le Sud-Est du pays, qui correspond à l’éphémère République du Biafra. Malgré des politiques de réconciliation, les Ibos se sentent toujours marginalisés. C’est pour cette raison qu’on a récemment assisté à une résurgence du discours sécessionniste. De nouveaux groupes séparatistes ont fait leur apparition, tel que le Mouvement des Biafrais au Nigeria (MOBIN), qui découle du plus large Mouvement indépendantistes pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB).

A titre d’exemple, les militants soulignent le fait qu’aucun Ibo n’a été élu président depuis Nnamdi Azikiwe (1963-66). De plus, la structure administrative du pays pénalise la région. Le sud-est est composé de seulement 5 états, contre 6 ou 7 pour les autres zones géographiques. Par conséquent, cette partie du pays est moins représentée au sein du gouvernement, et reçoit moins de ressources fédérales. Ce manque de moyens ne fait qu’aggraver le manque d’infrastructures – problème qui touche l’ensemble du pays – et le chômage des jeunes.

Une répression active du mouvement séparatiste par l’État qui ne fait que renforcer les doléances des Ibos

Carte des territoires revendiqués par le Biafra. (Cliquez pour voir en plus grand)

Afin de répondre à cette agitation croissante, les gouvernements successifs ont opté pour une stratégie de répression ferme, voire violente. A leurs yeux, les groupes indépendantistes, au même titre que Boko Haram, menacent la sécurité nationale. C’est ainsi qu’ont été justifié les arrestations brutales lors de manifestations pro-Biafra, ainsi que de nombreuses exécutions . Un rapport d’Amnesty  International a affirmé qu’entre août 2015 et août 2016 les forces armées avaient tué au moins 150 militants. L’armée a nié ce chiffre, mais plusieurs témoignages de locaux font peser la balance en faveur de l’ONG. De plus, les journaux publiant des articles en faveur d’une sécession sont interdits de publication.

L’avenir du mouvement indépendantiste – et donc du Biafra – dépend de la politique que les autorités choisiront d’adopter. Si le Président Muhammadu Buhari continue sur le même chemin, il risque d’intensifier les divisions, et de perdre le peu de soutien qu’il peut avoir au sein des Ibos. Même certains membres des autres ethnies affirment que le Nigeria ne pourrait que bénéficier d’une meilleure entente entre les différents risques. C’est notamment le cas de membres du parti politique People’s Democratic Party (PDP), qui soutient le gouvernement fédéral. Une politique violente risque d’être néfaste pour la stabilité du pays, déjà fragilisée par d’autres facteurs.

A court terme, le Président Buhari devrait donc arrêter la répression policière intensive. Cela lui permettrait de concentrer toutes ses forces contre Boko Haram. En outre, libérer les opposants est un geste politique qui pourrait aussi apaiser les tensions immédiates.

A long terme, il semble nécessaire d’investir dans le développement économique du sud-est, afin que le sentiment de marginalisation cesse. Pour ce faire, les dirigeants locaux ont aussi leur rôle à jouer pour encourager une meilleure intégration régionale. De récentes initiatives semblent s’engager sur cette voie, il n’y a plus qu’à espérer que ces politiques se concrétisent. Une tâche plus laborieuse, mais plus concrète, serait de réformer l’organisation administrative, pour que le sud-est dispose d’une représentation politique plus équitable. Cependant, obtenir un consensus sur ce sujet au sein du gouvernement fédéral semble actuellement impossible.

About Sophie GUILLERMIN-GOLET

Étudiante à Sciences Po Bordeaux (Bordeaux International Relations Degree), passionnée par les questions géopolitiques.

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