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La fermeté à tout prix de Donald Trump face à l’Iran

 
La fermeté de Donald Trump sur le cas iranien inquiète la communauté internationale

Après plusieurs semaines d’incertitude, Donald Trump a finalement décidé, vendredi 13 octobre, de ne pas certifier l’accord sur le nucléaire iranien devant le Congrès, confirmant les craintes de nombreux observateurs, dont certains membres de l’administration américaine. Accusant l’Iran de « violer » l’esprit de l’accord en raison de son activisme au Moyen Orient, Donald Trump cherche à sanctionner une puissance jugée « déstabilisatrice ». Il pousse cependant les Etats-Unis en marge d’une communauté internationale plutôt unanime et soucieuse de la préservation du texte de Vienne.            

« Décertification », vers la fin de l’accord ?      

Alors qu’il avait déjà certifié le « Plan d’action global commun » à deux reprises, en avril puis juillet derniers, Donald Trump est allé au bout de sa logique après plusieurs semaines de déclarations critiques sur « le pire accord jamais négocié par les Etats-Unis ». Contre l’avis de plusieurs de ses proches conseillers, dont le secrétaire à la défense Jim Mattis, Donald Trump s’oppose à un texte dont il cherche la renégociation, notamment avec la mise en place d’inspections plus strictes. Durant son allocution, le président américain a également fait part de sa nouvelle stratégie iranienne, dans l’objectif de neutraliser l’influence régionale de Téhéran. Cependant, rien n’est encore fait. Lors de l’épineuse signature du texte, juridiquement non considéré comme un traité, Barack Obama était passé outre l’avis du Congrès. La majorité républicaine a adopté dans la foulée l’Iran Agreement Review Act obligeant une certification présidentielle du texte tous les 90 jours. Dans le cas d’une absence de certification, les élus ont 60 jours pour se prononcer. In fine, c’est bel et bien le Congrès qui garde la main quant à la reprise ou non des sanctions, et donc au futur de l’accord. La situation reste suspendue à la décision d’une institution qui, bien que majoritairement républicaine, porte une certaine considération pour un texte jugé bénéfique[1].

Isolement diplomatique américain

Face au durcissement de la position américaine, bon nombre de pays ont rapidement réagi à l’annonce du président Trump, rappelant leur attachement au texte, synonyme de l’intégration iranienne sur la scène internationale, de lutte contre la prolifération nucléaire et gage de stabilité au Moyen Orient. Le soir même, Londres, Berlin et Paris se sont dits « préoccupés par les implications » de la décision de Donald Trump avant que Pékin et Moscou ne rappellent également leur attachement au texte. Mardi 16 octobre, l’Union Européenne s’est fendue d’un communiqué explicite soulignant l’importance du Plan d’action global commun « qui représente l’aboutissement de 12 ans d’efforts diplomatiques menés sous l’impulsion de l’UE et qui a été approuvé à l’unanimité par la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies »[2]. Sur ce dossier, le président français s’est également montré réactif[3]. Lors d’un entretien téléphonique avec le président Rohani, Emmanuel Macron a fait part de sa volonté de poursuivre la coopération, dans le cadre fixé par l’accord, évoquant par ailleurs la venue prochaine de Jean Yves le Drian en Iran, avant une éventuelle visite présidentielle (une première depuis 1971 !)[4]. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergei Lavrov, a, quant à lui déploré la volonté américaine de confondre, dans une même analyse, le nucléaire iranien et les autres enjeux en lien avec Téhéran. Par sa décision, Donald Trump contribue à la marginalisation des Etats-Unis sur la scène internationale. La diplomatie américaine, déjà battue en brèche sur bon nombre de dossiers, semble subir de plein fouet l’inexpérience et le tempérament d’un président qui inquiète même dans ses rangs.

 

[1] Nucléaire iranien : comprendre ce qu’implique la « décertification » de l’accord, Le Monde, 13 Octobre 2017

[2] Accord sur le nucléaire iranien : déclaration de l’UE sur le plan d’action global commun, 16 Octobre 2017, http://www.consilium.europa.eu

[3] SEMO Marc, International : Macron se pose en médiateur entre Trump et l’Iran, Le Monde, 16 Octobre 2017

[4] Entretien téléphonique d’Emmanuel Macron avec M. Hassan Rohani, Président de la République Islamique d’Iran, 13 Octobre 2017, www.elysee.fr

 

About Simon ROUSSEAU

Etudiant au sein du master 2 Défense Sécurité et Gestion de crise à l’IRIS après un master 1 Affaires Internationales à Sciences Po Lyon, je m’intéresse particulièrement aux nouveaux enjeux de défense et de sécurité, ainsi qu’au Moyen Orient.

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