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Crise boursière chinoise : le nouveau défi de Xi Jinping

 

La Chine fait face actuellement à une rechute de ses cours boursiers, après les graves mouvements baissiers entrevus en juin. Même si la réaction du pouvoir avait été rapide, il semble que les remous nécessitent une intervention plus importante.

La prochaine crise chinoise devait être immobilière, voire économique. Ne sera-t-elle pas plutôt boursière ?
La prochaine crise chinoise devait être immobilière, voire économique. Ne sera-t-elle pas plutôt boursière ?

L’action du gouvernement central début juin, après une période de spéculation insensée suivie d’une grave chute des cours, était un modèle d’interventionnisme étatique. Pékin avait ainsi décidé d’encadrer fortement les pratiques récentes des courtiers chinois, qui investissaient en recourant massivement à de la dette. C’est l’arrêt de cette frénésie irréelle qui avait entrainé cette vague pessimiste sur les marchés (la Bourse de Shanghai avait chuté de 20% en seulement trois semaines). Pékin dut alors interdire toute revente importante d’actions tant que les Bourses n’étaient pas revenues à des cours plus réalistes. Ainsi, par ces deux actions correctrices successives, Pékin a montré qu’il avait encore une forte influence sur les marchés financiers pour la plupart installés à Shanghai, ce qui est rare, faut-il le souligner, de nos jours.

Il ne faudrait donc pas que de telles interventions soient trop fréquentes. Depuis le début de l’année, nous insistons sur le fait que la croissance chinoise freine plus que prévu, avec une activité industrielle en repli, ainsi que la demande. Cela était un phénomène prévisible, seule la magnitude du repli avait été sous-estimée. Mais lorsqu’on en vient aux marchés financiers, on touche encore plus fortement à un point sensible. Ainsi, mis à part les super-riches chinois certes touchés par ce recul boursier mais bien à l’abri du besoin, il y a ces dizaines de millions de Chinois, issus de la classe moyenne, qui ont vu leurs économies fondre en quelques semaines. La puissance chinoise, depuis quelques années, repose de plus en plus sur une demande intérieure accédant enfin aux standards d’une classe moyenne classique. Le temps semble en effet révolu où seul l’Etat et ses entreprises publiques profitait réellement du profit permis par les bas coûts salariaux.

Une crise bien plus grave qu’actuellement est-elle en préparation ?

Xi Jinping, depuis son arrivée, accélère ce mouvement. La classe moyenne a un accès plus facile aux marchés financiers, à la propriété, comme dans tout autre pays développé. Or, cette crise boursière met à mal la crédibilité du gouvernement, puisque ces petits épargnants peuvent perdre une bonne partie des économies accumulées jusqu’alors. Or, la force de la Chine moderne a été d’avoir une confiance indéfectible envers les choix politico-économiques du gouvernement central. Une telle crise pourrait, si elle se poursuit, mettre en doute les capacités réelles du gouvernement à combattre la volatilité boursière. Ce doute pourrait être le même que celui porté à l’époque des campagnes anti-corruption, dont les effets n’ont guère été sensibles pour une bonne partie de la population.

C’est donc à Xi de montrer qu’il est réellement capable de soutenir cette nouvelle classe moyenne qui aspire à plus de libertés individuelles tout en pouvant continuer à être aidée par le gouvernement. A quoi bon défendre des réformes uniques dans l’histoire de la Chine si elles doivent cesser d’améliorer le sort de dizaines de millions de personnes…

About Alexandre LIEBERMANN

Diplômé d’HEC Paris en 2014, actuellement économiste au sein d’un grand groupe pétrolier mondial. Coprésident de l’Association Les Yeux du Monde

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